Protéger un patrimoine archivistique, une question de confiance

Le legs d’un patrimoine, qu’il soit matériel ou immatériel, repose sur une émotion importante, voire une attitude ou un état d’esprit : la confiance. Les Augustines ont fait don du monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec ainsi que des dizaines de milliers d’objets et de documents d’archives avec l’assurance que leurs intentions immatérielles soient respectées et surtout préservées pour les générations à venir.

Lire la suite « %s »

Retour sur les travaux des toits de cuivre, du clocher et de sa cloche

À l’été 2017, le Monastère des Augustines a procédé à une cure de rajeunissement de plusieurs de ses éléments architecturaux de cuivre. Plus précisément, les toits de la chapelle, de la sacristie et de l’église ont été changés. De plus, le clocher et le toit de la rotonde, eux aussi recouverts de cuivre, ainsi que la cloche, en plomb, ont fait l’objet d’une réfection.

Lire la suite « %s »

La culture du don: financer l’œuvre hospitalière

Le fait de devenir augustine demande un énorme sacrifice. Ce don de soi au profit de l’œuvre hospitalière a permis à la communauté d’agir auprès des nécessiteux pendant près de 400 ans. Toutefois, leur œuvre a longtemps reposé sur l’apport de particuliers. Voyons quelques exemples de contributions philanthropiques, notamment financières, permettant une continuité de l’œuvre des Augustines dans la ville de Québec.

Lire la suite « %s »

Les pratiques économes des Augustines: un exemple architectural

De l’époque de la Nouvelle-France jusqu’à la moitié du XXe siècle, les habitudes de consommation des Augustines de la Miséricorde de Jésus s’inscrivent principalement dans un esprit d’économie des ressources. L’utilisation des biens va au gré des besoins réels des membres de la communauté. Encore aujourd’hui, rares sont les dépenses superflues. Par ailleurs, qu’il s’agisse de biens matériels ou d’argent, tout appartient à la communauté. Consommer intelligemment relève du vœu de pauvreté que font les Augustines dans le cadre de leur vie consacrée.

Lire la suite « %s »

Les documents de recrutement des Augustines

La communauté des Augustines de la Miséricorde de Jésus, installée en Nouvelle-France en 1639, a vu ses effectifs évoluer au fil du temps. Par exemple, au monastère de L’Hôtel-Dieu de Québec, les religieuses arrivèrent en Nouvelle-France au nombre de trois alors qu’un peu plus de trois siècles plus tard, elles étaient près de 225 âmes, incluant postulantes, novices et professes.

La question des effectifs a toujours été étroitement liée aux besoins ressentis dans chacun des établissements de santé qu’elles ont fondés, mais aussi au contexte sociohistorique dans lequel chacun de ces lieux s’est développé. Par exemple, à la fin du XIXe siècle s’amorce une « révolution hospitalière » avec la diversification et la spécialisation des soins de santé et la naissance des soins infirmiers, ce qui nécessite des effectifs plus considérables[1]. Au XXe siècle, plusieurs moyens sont mis en place pour recruter la main-d’œuvre nécessaire pour le bien-être des malades, notamment la création et la distribution de dépliants et de brochures.

Les documents que nous avons consultés datent principalement de la première moitié du XXe siècle et montrent pour la plupart des augustines ou des postulantes à l’œuvre dans diverses facettes qu’implique la vie en communauté. À travers ces démonstrations, il y a la mise en valeur de l’épanouissement que permet ce choix de vie de devenir une augustine et de se dédier aux soins des pauvres et des malades.

Une série de petits feuillets rudimentaires, visiblement créés à même le monastère de L’Hôtel-Dieu de Québec au début du XXe siècle, incite les jeunes lectrices à la vie religieuse. La poésie est de mise, comme en témoigne l’exemple ci-dessous. Les exemplaires en main sont thématiques et se présentent comme une correspondance; un d’entre eux propose les conditions nécessaires à la vie religieuse, un autre parle de la dévotion à Dieu qu’implique la vie communautaire, etc. Chaque feuillet se termine par la mention suivante : « Informations : Au couvent de ton choix, ou au RR. Mères Hospitalières de L’Hôtel-Dieu du Précieux-Sang de Québec. Avec la permission des Supérieurs. »

Deux exemples de dépliants de « propagrande », destinés à recruter de jeunes filles à l’Hôtel-Dieu de Québec au début du XXe siècle. 
© Archives du Monastère des Augustines

Un dépliant, créé entre les années 1930 et 1950[2], montre l’intérieur du monastère, de la chapelle et de l’hôpital de L’Hôtel-Dieu de Québec. Le document est titré « Appel », suivi du sous-titre « Pourquoi ton rêve ne deviendrait-il pas réalité! ». La question de l’épanouissement est bien mise en valeur ici; l’appel de Dieu et le travail hospitalier sont présentés comme des buts que devaient partager bon nombre de jeunes filles à cette époque. Les Augustines proposent ainsi de pouvoir répondre à ce désir de vie consacrée par leur vocation sociale et apostolique.

Dépliant promotionnel pour recruter de futures religieuses à l’Hôtel-Dieu de Québec, vers les années 1930-1950.
© Archives du Monastère des Augustines

Un autre exemple plus complet est une brochure promotionnelle de 1961, servant à susciter l’intérêt des jeunes femmes pour l’Hôpital général de Québec. On y découvre un petit historique de la communauté et beaucoup de photos, accompagnées de descriptions très succinctes. Les deux dernières pages (la brochure en contient 28!) sont plus directes quant à l’intention de recrutement et mentionnent, entre autres, les conditions d’admission :

« La candidate au Noviciat de notre Monastère doit posséder l’un ou l’autre des signes de vocation religieuse : une âme ardente, un jugement droit, une assez bonne santé, un réel désir de servir Dieu et le prochain dans une vie religieuse à la fois active et contemplative.

La question financière n’est pas un obstacle. Quand Dieu appelle, rien ne peut arrêter une âme éprise de son amour. »

La première de couverture d’une brochure de 28 pages servant à promouvoir le monastère de l’Hôpital Général, 1961.
© Archives du Monastère des Augustines 

Un dernier exemple, un dépliant édité durant la deuxième moitié du XXe siècle[3], pose la simple question « Veux-tu nous connaître? ». D’un côté du document figurent quelques photos d’éléments d’architecture du monastère de l’Hôpital général et, de l’autre, sont présentés trois éléments clés de la vie communautaire chez les Augustines, soit la vie en communauté de prière, le partage fraternel et le service auprès des vieillards et des malades.

 Dépliant promotionnel pour recruter de futures religieuses à l’Hôpital Général de Québec, vers les années 1970.
© Archives du Monastère des Augustines

Pour terminer, mentionnons que le recrutement de postulantes ne se limite pas qu’à la distribution de documents promotionnels. Par ailleurs, les quelques exemples présentés ici sont partiels, et leur utilisation reste relativement récente dans l’histoire de la communauté. De plus, la promotion n’est qu’une des premières étapes pour attirer et ensuite former de futures religieuses. Le recrutement passe par tout un cheminement qui demande patience et dévouement.

Pour en apprendre plus sur le thème du recrutement, nous vous invitons à venir découvrir une exposition temporaire qui traite du sujet ainsi que de celui de l’entrée en communauté. Celle-ci est accessible tout le mois d’octobre 2017.

Un texte d’Hugues St-Pierre et Sara Cossette-Blais


[1] François Rousseau, La croix et le scalpel. Histoire des Augustines et de l’Hôtel-Dieu de Québec, vol. II : 1892-1989, Sillery, Septentrion, p. 277.

[2] On y voit deux sections de l’hôpital, l’une construite dans les années 1890 et l’autre dans les années 1930. La première a été détruite pour faire place à la tour moderne, dans la deuxième moitié des années 1950.

[3] Les religieuses figurant sur les photographies portent le costume religieux actuel, qui date de la fin des années 1960.

Sujets: Culture

Le sens du travail chez les Augustines

Le travail est une notion qui se comprend et qui se vit de plusieurs façons, dépendamment du lieu et de l’époque où on se situe. En communauté religieuse, le travail fait partie intégrante des activités quotidiennes – notamment pour assurer une survie financière ou encore pour éviter l’oisiveté, dont il faut s’éloigner. En ce qui concerne les groupes dotés d’une vocation sociale, comme les Augustines de la Miséricorde de Jésus, le travail est au cœur même de leur mission, de leur raison d’être.

Lire la suite « %s »

Gérer les fruits de la terre

Pendant plus de 300 ans, les Augustines de la Miséricorde de Jésus ont su allier religion, soins infirmiers et une panoplie d’autres savoir-faire. Parmi leurs multiples talents, celui de gestionnaire se démarque et est toujours d’actualité aujourd’hui. Excluant l’administration du monastère et de l’hôpital, les religieuses ont su autrefois maximiser les fruits de la terre. Cet article fait le survol de quelques éléments issus du monde agricole des trois communautés des Augustines de Québec : leurs jardins, leurs seigneuries, leurs achats auprès d’autres producteurs et leurs serres.

Les jardins de proximité de L’Hôtel-Dieu de Québec

Les religieuses avaient, sur les lieux mêmes où était leur monastère, de grands jardins permettant une alimentation de proximité. À L’Hôtel-Dieu de Québec, on comptait plusieurs jardins, dont les plus imposants étaient ceux de la communauté et des pauvres. Ces deux jardins relevaient de deux administrations différentes; le premier était géré par le monastère, le second par l’hôpital. D’après le plan de Jean Bourdon, réalisé en 1670, le jardin de la communauté était subdivisé en six allées. Le jardin des pauvres était situé environ entre l’actuelle côte du Palais et la rue de l’Hôtel-Dieu, avec la rue Saint-Jean en guise de limite au sud. Un autre plan de la ville, celui de Robert de Villeneuve de 1685, montre un jardin des sœurs divisé en une vingtaine de carrés et celui de l’hôpital en une douzaine. D’après l’historienne Denyse Légaré, les jardins devaient être typiques des jardins clos que l’on retrouvait en France au XVIIe siècle et pouvaient servir de lieu de repos[1].

L’Hôtel-Dieu de Québec, vu du jardin de la communauté, 1939
© Archives du Monastère des Augustines

À l’époque de la Nouvelle-France, l’agriculture chez les Augustines ne servait pas qu’à nourrir l’hôpital ou le monastère. Au contraire, la culture de la terre représentait une source de revenus très importante pour les communautés de L’Hôtel-Dieu de Québec et de l’Hôpital général de Québec, puisqu’elles vendaient généralement les surplus de leurs jardins. Selon l’historien François Rousseau, cette pratique s’inscrivait dans la perspective d’une gestion optimale du temps et des ressources de la communauté[2].

Les jardins se sont évidemment modifiés au fil du temps. À l’Hôtel-Dieu, le jardin a été réaménagé en prévision des festivités commémoratives du tricentenaire de la communauté, en 1939. Sept pavillons avaient d’ailleurs été construits pour commémorer différents éléments de l’histoire des Augustines et du Québec. De ces petits bâtiments, seulement la Maison canadienne et la Tour de Londres subsistent aujourd’hui. Aussi, un terrain de badminton a été aménagé en 1957. Vers les années 1960, les religieuses ont même possédé une patinoire.

Les seigneuries de l’Hôpital général[3]

Outre les jardins, les Augustines ont aussi possédé jadis des seigneuries. L’Hôpital général a possédé quatre seigneuries avant 1760. Il s’agissait de Notre-Dame des Anges – sur laquelle se situent encore aujourd’hui le monastère et le CHSLD de l’Hôpital général de Québec, des Islets, de Saint-Vallier et de Kamouraska.

 

L’Hôpital général de Québec, vu du jardin, 1928
© Archives du Monastère des Augustines

Notre-Dame des Anges appartenait autrefois aux Récollets. Monseigneur de Saint-Vallier leur acheta en 1692 pour y fonder un hôpital général. Les Augustines gèrent les lieux depuis 1693. En 1702, un moulin à eau a été construit sur le bord de la rivière Saint-Charles. Cependant, la pénurie d’eau à cet endroit a obligé les religieuses à le remplacer en 1709 par un moulin à vent (qui a été refait en pierre en 1731 – il existe d’ailleurs toujours). Ceux-ci ont permis aux sœurs de ne plus devoir acheter de minots de blé. Ce moulin était aussi utilisé par les censitaires de la seigneurie des Islets et des cultivateurs environnants. De plus, l’Intendant avait demandé aux religieuses de moudre du blé pour les magasins du Roi. Cela représentait une bonne source de revenus supplémentaires.

La seigneurie des Islets avait été achetée, en 1696, par Monseigneur de Saint-Vallier qui l’a rapidement donnée aux Augustines. Une partie appartenait à l’hôpital et l’autre à la communauté. L’analyse des Livres des comptes de Micheline D’Allaire, historienne des communautés religieuses et de la Nouvelle-France, montre que cette seigneurie était rentable, car les sœurs en retiraient des profits régulièrement. Comme avec le jardin de la communauté, les surplus étaient vendus. La seigneurie se situait sur une partie de l’actuel parc Victoria, à côté de la rivière Saint-Charles.

La seigneurie de Saint-Vallier (aujourd’hui dans Bellechasse) était appréciée des sœurs. Elles s’y rendaient parfois et s’occupaient même des enfants. Le terrain, qui faisait alors partie du fief de La Durantaye, a été acheté par l’Hôpital général en 1720. Les religieuses prenaient à cœur cette seigneurie, au point qu’elles ont fait une requête contre quelques-uns de leurs censitaires qui négligeaient de mettre en valeur leurs terres. D’Allaire dit que « […] le 5 août 1733, l’Intendant condamne au moins 20 habitants de la seigneurie de Saint-Vallier à tenir feu et lieu[4] dans le cours de l’année, à peine de réunion de leurs terres au domaine des religieuses de l’Hôpital-Général »[5]. Environ dix ans plus tard, le fait s’est répété.

Comme la seigneurie des Islets, celle de Kamouraska a été achetée par Monseigneur de Saint-Vallier. Il semble que cette terre ne produisait que peu de choses. Selon D’Allaire, les Annales de la communauté indiquent que cette seigneurie fournissait 500 cordes de bois à l’Hôpital général.

Achats chez d’autres producteurs

Malgré leurs propres jardins et fermes, les Augustines devaient aussi s’approvisionner auprès d’autres producteurs agricoles. Dans le livre L’Hôpital-Général de Québec : 1692-1764, Micheline D’Allaire énumère, en se basant sur les Livres des comptes, quelques denrées achetées de l’extérieur. Par exemple, elle dit qu’en 1714, les Augustines ont acheté, pour la première fois, des citrouilles. Puis, en 1715, quatre barriques de pommes. Ensuite, les Augustines ont ajouté à leurs achats des poires, ainsi que des amandes dont elles ne pouvaient plus se passer. Selon D’Allaire, le raisin était le fruit que les religieuses auraient le plus acheté jusqu’en 1764. Il semble qu’il s’agit là du meilleur ingrédient pour faire du vin!

En matière de légumes, les Livres des comptes permettent de conclure que leurs achats étaient moins variés que les fruits, et ce, jusqu’en 1765. Le menu quotidien était principalement constitué de maïs, de pois, de fèves et de lentilles. Un seul légume, le céleri, a ajouté un peu de variété en 1733.

Toutefois, rappelons que les religieuses profitaient aussi des produits cultivés sur leurs propres terres. Comme le dit bien D’Allaire :

Il faut cependant penser qu’elles ont leurs propres jardins à côté de la maison pour leur fournir légumes connus tels les pommes de terre, les carottes, les tomates, la laitue, les oignons, les concombres, etc. De toute façon, on ne saurait s’étonner du peu de légumes consommés à l’Hôpital puisqu’en général on en mange peu en Nouvelle-France[6].

Dès lors, on réalise qu’il fallait se tourner vers d’autres producteurs pour combler les manques ou possiblement pour varier les besoins.

Les Serres de l’Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur de Jésus

Les Augustines n’ont pas cultivé que des plantes médicinales ou alimentaires; certaines ont aussi œuvré dans des serres, où poussaient des fleurs destinées à l’ornementation. C’était le cas de l’Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur de Jésus de Québec, dont les œuvres florales représentaient jadis une source importante de revenus (tout comme les fleurs artificielles de L’Hôtel Dieu de Québec).

L’Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur de Jésus, année inconnue
© Archives du Monastère des Augustines

Dans les serres données par le chapelain Charles Trudel et une certaine madame Routhier, sœur Sainte-Julie cultivait et créait avec habileté, dit-on, des arrangements de fleurs qui attiraient les éloges. Dans le livre Quand les murs parlent, Émilia B. Allaire raconte qu’à l’occasion des funérailles du premier ministre du Canada, Sir Thompson, en 1894, « […] le Dr W. Verge offre une pièce florale de si bon goût que les journaux en donnent une description, précisant que le « plus beau morceau » vient des serres de l’Hôpital du Sacré-Cœur »[7].

L’auteure ajoute que la presse a aussi commenté, en 1895, une commande faite par les religieuses de Jésus-Marie qui recevaient alors le marquis de Lévis pour l’inauguration du monument des Braves, sur le chemin Sainte-Foy, à Québec. Il s’agissait d’un diadème de fleurs massives aux trois couleurs du drapeau français, confectionné par les soins de sœur Sainte-Julie, sur lequel l’année 1760 était inscrite. Il s’agit de la date de la bataille de Sainte-Foy (28 avril 1760) durant la guerre de Sept Ans, dont le monument commémore l’événement.

Aménagements contemporains

Tout comme le reste de la société, les pratiques agricoles se sont transformées au fil du temps. Les Augustines ont évidemment elles aussi modifié leur gestion en la matière. Par exemple, comme il fut mentionné plus haut, le jardin de la communauté de L’Hôtel-Dieu de Québec s’est transformé à plusieurs reprises. Les derniers changements majeurs des lieux datent de l’ouverture de l’actuelle vocation des lieux. En effet, depuis 2015, un petit jardin de plantes pour la plupart comestibles agrémente la façade nord du hall d’entrée et un carré de l’apothicairesse situé dans la cour intérieure permet aux visiteurs du musée et de l’hôtel de découvrir des plantes utilisées autrefois de manière médicinale. À votre prochain passage au Monastère des Augustines, pourquoi ne pas en profiter et passer au jardin?

Bibliographie

Micheline D’Allaire, L’Hôpital-Général de Québec : 1692-1764, Montréal, Éditions Fidès, 1971, p. 41-45.

Emilia B. Allaire. Quand les murs parlent… Québec, Édition L’Action Sociale, 1873.

Denyse Légaré, Les jardins du monastère des Augustines et de l’Hôtel-Dieu, Rapport la Commission de la Capitale nationale, 2012.

François Rousseau, La croix et le scalpel. Histoire des Augustines et de l’Hôtel-Dieu de Québec I : 1639-1892, Québec, Éditions du Septentrion, 1989.


[1] Denyse Légaré, Les jardins du monastère des Augustines et de l’Hôtel-Dieu, Rapport la Commission de la Capitale nationale, 2012, p. 3-10.

[2] François Rousseau, La croix et le scalpel. Histoire des Augustines et de l’Hôtel-Dieu de Québec I : 1639-1892, Québec, Éditions du Septentrion, Tome I, p. 151.

[3] D’après Micheline D’Allaire, L’Hôpital-Général de Québec : 1692-1764, Montréal, Éditions Fidès, 1971, p. 41-45.

[4] « Tenir feu et lieu » est une locution liée au monde seigneurial, signifiant qu’il faut occuper la terre qui a été octroyée.

[5] Ibid., p. 42.

[6] Emilia B. Allaire. Quand les murs parlent… Québec, Édition L’Action Sociale, 1973, p. 164.

[7] Ibid., p. 163.

Sujets: Culture

L’hôpital, lieu de rémission

Lorsqu’on s’imagine les soins de santé en Nouvelle-France aux 17e et 18e siècles, on pense souvent à une misère incroyable où la mort est forcément assurée pour les patients hospitalisés. Évidemment, les hôpitaux de l’époque – tout comme ceux de France – étaient d’abord des lieux où l’on mourrait. Cependant, en fouillant un peu notre histoire médicale, on réalise que les malades admis chez les Augustines en sortaient souvent vivants. Dans le livre Au temps de la petite vérole, Rénald Lessard souligne que la mort n’est pas aussi présente qu’on peut le supposer à l’Hôtel-Dieu de Québec :

Entre 1689 et 1698, 93 % des hommes et 96 % des femmes soignés par les religieuses survivent. Pour l’année 1744, pour 657 admissions, on compte 604 patients qui sortent vivants de l’institution, soit 92 % des patients. Entre 1800 et 1823, le pourcentage des malades qui quittent les hôtels-Dieu de Québec et de Montréal atteint respectivement 90,5 % et 96,2 %[1].

Avec de telles données, on réalise que la « Grande Faucheuse » ne passait pas tout son temps à l’hôpital! On se demande alors : de quoi pouvaient donc souffrir ces pauvres âmes? Qu’est-ce qui leur permettait de retourner dans leur demeure?

Service des repas dans la salle Sainte-Anne de l’Hôtel-Dieu de Québec, 1877
Stéréogramme de L.P. Vallée
Archives du Monastère des Augustines
Fonds Hôpital du Monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec

Infections au gré des saisons

Tout d’abord, mentionnons que les admissions à l’hôpital variaient selon les saisons. D’après l’historien François Rousseau, les Augustines pouvaient reprendre leur souffle en saison froide, grâce à un ralentissement du nombre de gens à soigner[2]. Le rythme du travail agricole et des transports (voies maritimes et terrestres) était bien différent l’hiver, ce qui influait sur les possibles blessures et autres maladies à traiter normalement durant l’été.

Par exemple, à la fin du printemps et au début de l’été, l’arrivée en Nouvelle-France des navires de la marine royale et de la marine marchande signifiait aussi l’arrivée de maladies. Les conditions exécrables et la mauvaise alimentation lors des longues traversées de l’océan Atlantique représentaient un terrain fertile pour les maladies infectieuses comme le typhus. C’est notamment le cas le 16 août 1734, alors que le navire le Ruby accoste à Québec avec ses 150 malades. L’Hôtel-Dieu n’avait pas de place pour tout le monde! C’est d’ailleurs à cette occasion que le célèbre médecin de l’Hôtel-Dieu Michel Sarrazin contracte la maladie au chevet de ces malades et en meurt.

Épidémies sporadiques et autres pathologies banales

Les navires n’avaient pas l’exclusivité des maladies infectieuses. Entre la fin de l’époque missionnaire et le début de la guerre de la Conquête, on compte dans la colonie des cas sporadiques de pleurésie, de rougeole, de fièvre maligne et de grippe. La petite vérole (la variole) aura frappé plus souvent que d’autres troubles et aurait, malheureusement, fait beaucoup de victimes. Lors de l’épidémie de 1702-1703, par exemple, 350 personnes en décèdent dans la colonie[3].

Excluant les navires contaminés et les maladies infectieuses, un bon nombre de cas d’hospitalisations devaient être dus à des problèmes banals de la vie courante. Selon François Rousseau, les cas qui ne mettent pas en danger la vie des individus ont moins fait l’objet de recensions que les maladies mortelles touchant un groupe d’individus[4]. Du moins, les sources accessibles ne permettent pas d’établir facilement un portrait de cas que l’on peut qualifier d’ordinaires. En matière de pathologies externes nécessitant une chirurgie, il devait surtout être question de « blessures d’armes blanches et d’armes à feu, [de] blessures reliées à l’utilisation des instruments de travail, coupures, contusions, écrasements, engelures nécessitant l’amputation… ». Il s’agit là de possibilités d’accidents impliquant principalement des hommes[5].

Hospitalières à la boulangerie du pavillon Richelieu de l’Hôtel-Dieu de Québec, 1942
Archives du Monastère des Augustines
Fonds Hôpital du Monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec

Alimentation et repos… du corps et de l’âme

Le soin ainsi que la survie des malades hospitalisés dépendaient énormément de l’attention que donnaient les religieuses aux malades. Cette attention s’exprimait notamment par une alimentation de qualité et un bon repos. Sous le Régime français, l’alimentation de base au pays était le pain. En contexte hospitalier, l’alimentation semblait être meilleure qu’en contexte populaire. Elle y était plus diversifiée en matière de produits en plus d’être indépendante de la conjoncture économique[6], principalement parce que les religieuses possédaient leurs propres terres agricoles et leurs propres jardins sur les lieux. Les malades consommaient environ  une livre et demie de pain par jour, seul ou dans la soupe. Mais on ne se limitait pas qu’à ces deux aliments :

En plus de la livre et demie de pain, le régime quotidien comporte 10onces de viande ou de poisson, des légumes, des fruits… Comme boisson, les malades boivent du vin – peut-être coupé d’eau comme on avait l’habitude de le faire à l’époque –, de l’eau ou de la tisane. Véritable régime de reconstitution, la ration fournit au malade de 3 000 à 3 500 calories quotidiennement.[7]

En plus de cette nourriture, les malades admis avaient droit à une bonne hygiène (selon les pratiques et les croyances de l’époque), mais aussi à un excellent temps de repos. La spiritualité avait aussi une énorme place dans le soin dispensé par les Augustines. Prières, confessions, communions… des pratiques centrales, notamment pour soigner l’âme. Dans un précédent texte, il a été expliqué que les Augustines servaient (et servent toujours) le Christ en la personne des malades (voir : « Le charisme hospitalier et la charité chez les Augustines »). Cette façon de concevoir chaque individu comme détenteur d’une part du divin oriente positivement le soin. Malgré tout, l’attention était d’abord portée sur le corps, tout en baignant dans cet esprit de foi.

Prendre du temps pour soi au XXIe siècle

Apprendre que les malades guérissaient à l’hôpital aux 17e et 18e siècles permet de questionner nos pratiques de vie actuelles. Si une bonne alimentation, un repos régénérateur et des remèdes naturels pouvaient nous sauver la vie autrefois, il y a sûrement là matière à inspiration pour prévenir les maux qui frappent notre société contemporaine. Ces maux sont parfois simplement dus au stress et à la surcharge de travail. Bien s’alimenter et savoir prendre du temps pour soi, pour se reposer, hors du rythme effréné de la quête de performances et de la compétition du meilleur égo, ne peuvent qu’aider à nous maintenir en santé. Le Monastère des Augustines est, depuis son ouverture en 2015, une destination de choix pour apprendre à décrocher, mais aussi pour apprendre à s’apprivoiser.


[1] Rénald Lessard, Au temps de la petite vérole. La médecine au Canada aux XVIIe et XVIIIe siècles, Québec, Les éditions du Septentrion, p. 218-219.

[2] François Rousseau, La croix et le scalpel. Histoire des Augustines et de l’Hôtel-Dieu de Québec I : 1639-1892, Québec, Les éditions du Septentrion, p. 71.

[3] Ibid., p. 76.

[4] Ibid., p. 78.

[5] Ibid., p. 80.

[6] R. Lessard, 2012 : 219)

[7] F. Rousseau, La croix et le scalpel… p. 105.

Sujets: Culture

Le charisme hospitalier et la charité chez les Augustines

Lorsqu’on visite pour la première fois le Musée du Monastère des Augustines – en visite autonome ou commentée – un constat bien particulier s’impose généralement à nous : les hospitalières ont œuvré auprès des malades avec bienveillance. Pour mieux comprendre cette attitude qui caractérise bien les Augustines, il faut se tourner vers le charisme hospitalier de la communauté et plus spécifiquement vers la notion de charité, d’où émane cette forme d’altruisme. Voyons d’abord la conception du malade qu’ont encore aujourd’hui les Augustines de la Miséricorde de Jésus, pour ensuite tenter de cerner la notion de charité comme telle.

Lire la suite « %s »