Protéger un patrimoine archivistique, une question de confiance

Le legs d’un patrimoine, qu’il soit matériel ou immatériel, repose sur une émotion importante, voire une attitude ou un état d’esprit : la confiance. Les Augustines ont fait don du monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec ainsi que des dizaines de milliers d’objets et de documents d’archives avec l’assurance que leurs intentions immatérielles soient respectées et surtout préservées pour les générations à venir.

Lire la suite « %s »

Retour sur les travaux des toits de cuivre, du clocher et de sa cloche

À l’été 2017, le Monastère des Augustines a procédé à une cure de rajeunissement de plusieurs de ses éléments architecturaux de cuivre. Plus précisément, les toits de la chapelle, de la sacristie et de l’église ont été changés. De plus, le clocher et le toit de la rotonde, eux aussi recouverts de cuivre, ainsi que la cloche, en plomb, ont fait l’objet d’une réfection.

Lire la suite « %s »

La culture du don: financer l’œuvre hospitalière

Le fait de devenir augustine demande un énorme sacrifice. Ce don de soi au profit de l’œuvre hospitalière a permis à la communauté d’agir auprès des nécessiteux pendant près de 400 ans. Toutefois, leur œuvre a longtemps reposé sur l’apport de particuliers. Voyons quelques exemples de contributions philanthropiques, notamment financières, permettant une continuité de l’œuvre des Augustines dans la ville de Québec.

Lire la suite « %s »

Les pratiques économes des Augustines: un exemple architectural

De l’époque de la Nouvelle-France jusqu’à la moitié du XXe siècle, les habitudes de consommation des Augustines de la Miséricorde de Jésus s’inscrivent principalement dans un esprit d’économie des ressources. L’utilisation des biens va au gré des besoins réels des membres de la communauté. Encore aujourd’hui, rares sont les dépenses superflues. Par ailleurs, qu’il s’agisse de biens matériels ou d’argent, tout appartient à la communauté. Consommer intelligemment relève du vœu de pauvreté que font les Augustines dans le cadre de leur vie consacrée.

Le vœu de pauvreté

L’exercice de la pauvreté, dont le vœu est conjointement signé avec ceux de chasteté et d’obéissance (voir « Le sens du travail chez les Augustines »), conditionne les religieuses à ne pas faire siens les objets en leur possession. Cela signifie qu’elles ne doivent pas s’y attacher, puisqu’il ne s’agit que d’un emprunt temporaire au Christ, et qu’elles doivent demeurer, dépendamment des besoins réels, loin de toute vanité possible. Prenons en exemple les vêtements, qui n’appartiennent pas directement à la religieuse qui les portent. Autrefois, ils n’étaient identifiés que par trois lettres : P, M et G, ces lettres désignant la taille du costume (petit, moyen et grand). Rien n’indiquait sur le vêtement à qui celui-ci appartenait. De nos jours, les costumes sont ajustés à la taille de chaque religieuse. Toutefois, ils sont portés et usés au maximum, généralement jusqu’à ce que leur réparation devienne impossible. Exemple simpliste, mais tout de même significatif de la mentalité augustinienne fondée sur la vertu de pauvreté.

Une économie de béton… ou plutôt de pierre

Jusqu’à la moitié du XXe siècle, le sens de l’économie chez les Augustines se met en œuvre autant par une gestion stratégique des produits agricoles que par la réparation d’objets afin d’augmenter leur durée de vie. De plus, il n’est pas rare que les religieuses récupèrent divers objets pour réaliser des projets d’artisanat ou encore des matériaux pour des projets plus ambitieux, comme la construction d’un nouveau bâtiment.

La récupération architecturale est d’ailleurs une pratique d’économie des plus intéressantes à étudier. Par exemple, les fouilles archéologiques réalisées sur le site du Monastère des Augustines ont permis de découvrir que les voûtes de l’aile du Noviciat, complétées en 1739, contiennent des éléments de bâtiments antérieurs (voir vidéo en fin d’article). Les archéologues de la coopérative de travail Artefactuel pensent, entre autres, que le mur nord du tout premier monastère, dont la construction s’est terminée en 1644-1645, a été utilisé dans la construction d’une section des voûtes actuelles. Ce bâtiment de pierre, possiblement désuet, ne l’était peut-être pas assez pour tout détruire et tout jeter. De plus, une autre section de mur d’un peu plus de 20 pieds repose sur des fondations de ce qui aurait pu être la cave aux œufs (les archéologues y ont trouvé des coquilles d’œufs et des arêtes de poissons). Voilà une belle façon de sauver des matériaux!

Section sud de l’aile du Jardin, entre 1925 et 1940
© Archives du Monastère des Augustines

Toutefois, l’économie est encore plus grande si on intègre complètement un bâtiment à un autre. C’est le cas d’une cuisine, construite en 1647, qui est intégrée en 1739 au bâtiment de 1695-1698. Sa voûte existe toujours et sert aujourd’hui de bureau à des employées du Monastère. Disons que ce n’est pas tout le monde qui peut se vanter de travailler dans un lieu avec autant d’histoire!

Penser l’économie architecturale par l’évolution du site

Pour mieux comprendre cette entreprise de récupération et d’intégration de bâtiments, il faut remettre en perspective l’évolution du site. Tout d’abord, en 1639, les sœurs choisissent de ne pas s’établir sur l’actuel terrain qui leur a été concédé et font cesser la construction du bâtiment en cours. Elles vont plutôt fonder leur premier monastère-hôpital à Sillery, où elles y vivent de 1640 à 1644. Elles reviennent sur le site actuel de l’Hôtel-Dieu de Québec en 1644 et habitent le monastère après que sa construction soit reprise et complétée. Afin d’éviter tout risque d’incendie de cheminée, une cuisine indépendante est construite en 1647, à quelques pas au nord du monastère. Des annexes s’ajoutent progressivement aux côtés est et ouest de cette cuisine, ainsi que d’autres bâtiments, comme une chapelle, un chœur et des parloirs.

En 1694, les religieuses décident d’agrandir leur monastère. Cela aboutit à la création du monastère de 1695-1698, constitué alors de l’aile des Parloirs (aujourd’hui appelée l’aile du Jardin) et d’une demi-aile, qui deviendra ce qu’on appelle maintenant l’aile du Noviciat. L’intérêt de cette construction tient dans le fait qu’elle a été pensée en fonction de la disposition des autres bâtiments déjà présents sur le site. La demi-aile de 1695-1698 est ainsi bâtie contre la cuisine de 1647 et son annexe. Dès lors, lorsqu’il est décidé d’intégrer ces bâtiments à la demi-aile, les voûtes de cette dernière sont terminées en utilisant une partie des structures antérieures à celles de 1695-1698. Bien qu’il soit difficile de visualiser ces changements architecturaux, cela rend plus facile de s’imaginer les raisons économiques derrière les méthodes de récupération structurelle.

L’agrandissement de 1739 n’est d’ailleurs pas le dernier exemple de réutilisation de composants architecturaux orchestrée par les Augustines. En effet, un incendie ravage le monastère et l’hôpital de l’Hôtel-Dieu de Québec en 1755. Les murs et les voûtes de pierre du monastère sont alors repris pour reconstruire intégralement la résidence de la communauté en 1756-1757 (mais il faudra attendre 1825 pour l’ouverture d’un nouvel hôpital!). Cette nouvelle version du monastère a ainsi duré près de 260 ans, à laquelle ont été ajoutés d’autres bâtiments selon les besoins de la communauté.

Un monastère réhabilité pour durer

Un bon exemple contemporain de réutilisation architecturale chez les Augustines est sans aucun doute le changement de vocation des deux plus anciennes ailes du monastère. Les travaux de réhabilitation, réalisés entre 2013 et 2015, ont permis de leur donner une nouvelle vie, cette fois-ci non confessionnelle, mais somme toute inscrite dans une continuité avec le passé. L’objectif était double : préserver ce lieu historique tout en le transformant en un lieu de mieux-être et de culture.

Voûte haute de l’aile du Jardin depuis les travaux de réhabilitation réalisés sur les bâtiments
© Monastère des Augustines

Un fait des plus intéressants, voire des plus fascinants, est que l’actuel Monastère des Augustines n’aurait pu exister sans les religieuses. Conscientes de la réduction et du vieillissement de leurs effectifs, ces dernières ont réfléchi à l’avenir de la communauté et de son patrimoine religieux, médical et social. Les Augustines ont ainsi orchestré les premières démarches pour perpétuer leur mémoire, mais aussi pour servir la population autrement. Il paraît donc vraisemblable de croire que leur esprit d’économie, toujours ancré dans leur système de valeurs, ne les a jamais abandonnées. De plus, une telle entreprise est une bonne preuve de leur grand talent de visionnaires et surtout de gestionnaires.

Découvrez ci-dessous certaines des trouvailles architecturales réalisées lors de fouilles archéologiques sous le Monastère :

Source : Fiducie de patrimoine culturel des Augustines

Références

Dufaux et al., Le monastère des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec. Relevés et analyse architecturale, mars 2007.

François Rousseau, La croix et le scalpel. Histoire des Augustines et de l’Hôtel-Dieu de Québec I : 1639-1892, Québec, Septentrion, 1989.

Nathalie Gaudreau, Archéologie au Monastère des Augustines, conférence, 22 et 29 août 2015.

Sujets: Culture

Les documents de recrutement des Augustines

La communauté des Augustines de la Miséricorde de Jésus, installée en Nouvelle-France en 1639, a vu ses effectifs évoluer au fil du temps. Par exemple, au monastère de L’Hôtel-Dieu de Québec, les religieuses arrivèrent en Nouvelle-France au nombre de trois alors qu’un peu plus de trois siècles plus tard, elles étaient près de 225 âmes, incluant postulantes, novices et professes.

La question des effectifs a toujours été étroitement liée aux besoins ressentis dans chacun des établissements de santé qu’elles ont fondés, mais aussi au contexte sociohistorique dans lequel chacun de ces lieux s’est développé. Par exemple, à la fin du XIXe siècle s’amorce une « révolution hospitalière » avec la diversification et la spécialisation des soins de santé et la naissance des soins infirmiers, ce qui nécessite des effectifs plus considérables[1]. Au XXe siècle, plusieurs moyens sont mis en place pour recruter la main-d’œuvre nécessaire pour le bien-être des malades, notamment la création et la distribution de dépliants et de brochures.

Les documents que nous avons consultés datent principalement de la première moitié du XXe siècle et montrent pour la plupart des augustines ou des postulantes à l’œuvre dans diverses facettes qu’implique la vie en communauté. À travers ces démonstrations, il y a la mise en valeur de l’épanouissement que permet ce choix de vie de devenir une augustine et de se dédier aux soins des pauvres et des malades.

Une série de petits feuillets rudimentaires, visiblement créés à même le monastère de L’Hôtel-Dieu de Québec au début du XXe siècle, incite les jeunes lectrices à la vie religieuse. La poésie est de mise, comme en témoigne l’exemple ci-dessous. Les exemplaires en main sont thématiques et se présentent comme une correspondance; un d’entre eux propose les conditions nécessaires à la vie religieuse, un autre parle de la dévotion à Dieu qu’implique la vie communautaire, etc. Chaque feuillet se termine par la mention suivante : « Informations : Au couvent de ton choix, ou au RR. Mères Hospitalières de L’Hôtel-Dieu du Précieux-Sang de Québec. Avec la permission des Supérieurs. »

Deux exemples de dépliants de « propagrande », destinés à recruter de jeunes filles à l’Hôtel-Dieu de Québec au début du XXe siècle. 
© Archives du Monastère des Augustines

Un dépliant, créé entre les années 1930 et 1950[2], montre l’intérieur du monastère, de la chapelle et de l’hôpital de L’Hôtel-Dieu de Québec. Le document est titré « Appel », suivi du sous-titre « Pourquoi ton rêve ne deviendrait-il pas réalité! ». La question de l’épanouissement est bien mise en valeur ici; l’appel de Dieu et le travail hospitalier sont présentés comme des buts que devaient partager bon nombre de jeunes filles à cette époque. Les Augustines proposent ainsi de pouvoir répondre à ce désir de vie consacrée par leur vocation sociale et apostolique.

Dépliant promotionnel pour recruter de futures religieuses à l’Hôtel-Dieu de Québec, vers les années 1930-1950.
© Archives du Monastère des Augustines

Un autre exemple plus complet est une brochure promotionnelle de 1961, servant à susciter l’intérêt des jeunes femmes pour l’Hôpital général de Québec. On y découvre un petit historique de la communauté et beaucoup de photos, accompagnées de descriptions très succinctes. Les deux dernières pages (la brochure en contient 28!) sont plus directes quant à l’intention de recrutement et mentionnent, entre autres, les conditions d’admission :

« La candidate au Noviciat de notre Monastère doit posséder l’un ou l’autre des signes de vocation religieuse : une âme ardente, un jugement droit, une assez bonne santé, un réel désir de servir Dieu et le prochain dans une vie religieuse à la fois active et contemplative.

La question financière n’est pas un obstacle. Quand Dieu appelle, rien ne peut arrêter une âme éprise de son amour. »

La première de couverture d’une brochure de 28 pages servant à promouvoir le monastère de l’Hôpital Général, 1961.
© Archives du Monastère des Augustines 

Un dernier exemple, un dépliant édité durant la deuxième moitié du XXe siècle[3], pose la simple question « Veux-tu nous connaître? ». D’un côté du document figurent quelques photos d’éléments d’architecture du monastère de l’Hôpital général et, de l’autre, sont présentés trois éléments clés de la vie communautaire chez les Augustines, soit la vie en communauté de prière, le partage fraternel et le service auprès des vieillards et des malades.

 Dépliant promotionnel pour recruter de futures religieuses à l’Hôpital Général de Québec, vers les années 1970.
© Archives du Monastère des Augustines

Pour terminer, mentionnons que le recrutement de postulantes ne se limite pas qu’à la distribution de documents promotionnels. Par ailleurs, les quelques exemples présentés ici sont partiels, et leur utilisation reste relativement récente dans l’histoire de la communauté. De plus, la promotion n’est qu’une des premières étapes pour attirer et ensuite former de futures religieuses. Le recrutement passe par tout un cheminement qui demande patience et dévouement.

Pour en apprendre plus sur le thème du recrutement, nous vous invitons à venir découvrir une exposition temporaire qui traite du sujet ainsi que de celui de l’entrée en communauté. Celle-ci est accessible tout le mois d’octobre 2017.

 


[1] François Rousseau, La croix et le scalpel. Histoire des Augustines et de l’Hôtel-Dieu de Québec, vol. II : 1892-1989, Sillery, Septentrion, p. 277.

[2] On y voit deux sections de l’hôpital, l’une construite dans les années 1890 et l’autre dans les années 1930. La première a été détruite pour faire place à la tour moderne, dans la deuxième moitié des années 1950.

[3] Les religieuses figurant sur les photographies portent le costume religieux actuel, qui date de la fin des années 1960.

Sujets: Culture

Le sens du travail chez les Augustines

Le travail est une notion qui se comprend et qui se vit de plusieurs façons, dépendamment du lieu et de l’époque où on se situe. En communauté religieuse, le travail fait partie intégrante des activités quotidiennes – notamment pour assurer une survie financière ou encore pour éviter l’oisiveté, dont il faut s’éloigner. En ce qui concerne les groupes dotés d’une vocation sociale, comme les Augustines de la Miséricorde de Jésus, le travail est au cœur même de leur mission, de leur raison d’être. Que l’on soit du côté du monastère ou de l’hôpital, la bonne cohésion organisationnelle des Augustines est possible grâce à un ensemble de règles qui encadre la réalisation de chaque fonction (à portée temporelle ou spirituelle). Cet article propose de mettre en lumière la conception du travail chez les Augustines et les raisons qui motivent encore aujourd’hui leur œuvre.

Page couverture des Constitutions de la Congrégation des Religieuses Hospitalières de la Miséricorde de Jésus de l’Ordre de Saint Augustin,1666.
© Archives du Monastère des Augustines

Une organisation encadrée par des règles

La vie communautaire des Augustines de la Miséricorde de Jésus a toujours été encadrée et régie par différents textes. Ces derniers visent encore aujourd’hui autant les activités ordinaires que les activités religieuses quotidiennes. L’ensemble des textes concerne aussi chaque étape du processus qui mène à l’entrée officielle de la femme en communauté, du postulat jusqu’à la profession perpétuelle, voire jusqu’au décès même des religieuses. On compte parmi ces textes la règle de saint Augustin, les Constitutions, les règlements, le directoire et le cérémonial. Les deux premiers sont fondamentaux pour la compréhension de l’organisation de la communauté et le sens que prend le travail chez les religieuses.

La règle de saint Augustin et la recherche d’une vie heureuse

La règle de saint Augustin tient une place importante chez les Augustines; elles y tirent non seulement leur nom, mais aussi l’inspiration d’un idéal de vie communautaire et fraternelle. La règle situe d’ailleurs leur spiritualité dans une visée apostolique catholique. Cette courte œuvre[1] n’est donc pas une règle au sens législatif du terme (Rousseau, 1989 : 314-315). Toutefois, on y trouve les principes fondamentaux de l’œuvre des Augustines, à savoir l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Pour mieux comprendre le paradigme philosophique et théologique dans lequel œuvrent les Augustines, il est nécessaire d’élargir notre compréhension de l’idéal de vie à atteindre, tel que proposé par l’évêque de Nippone.

Chez saint Augustin, la vie bonne est possible lorsque toute chose est utilisée comme moyen et non comme une fin dernière, pour elle-même, comme serait le cas de manger par pure gourmandise et non par besoin biologique – dans ses Confessions, Augustin parlera du besoin de se nourrir en termes de « médicaments », indispensables pour notre corps[2]. L’objectif, pour une vie heureuse, est d’utiliser les créatures, les objets et les activités terrestres comme des moyens de se rapprocher de Dieu (Koch, 2010 : 27-28). Augustin distinguera d’ailleurs deux classes d’objets, l’un permet la jouissance et l’autre l’utilité (frui et uti en latin). La jouissance est possible lorsqu’on aime une chose pour elle-même (ce qui est négatif dans le présent contexte), et on parlera d’utilité lorsqu’une chose « […] est la jonction nécessaire pour la compréhension d’objets immatériels, éternels et spirituels » (Nadeau, 2009 : 50). Cette compréhension du divin est une finalité en soi qui se doit d’être recherchée. Le travail des Augustines s’inscrit d’ailleurs dans cette compréhension.

Dans la règle de saint Augustin, que suivent toujours les Augustines, on peut comprendre que ce but à atteindre, c’est-à-dire le bonheur, n’est possible que par la connaissance de Dieu et par la foi en ce dernier. La soif du bonheur chrétien ne peut être comblée que par cela. Dès lors, la charité, notion théologique qui a été abordée dans un autre article, représente le moyen privilégié pour accéder à cette connaissance et à cet amour de Dieu. La vie et le travail des religieuses s’inscrivent donc dans ce paradigme philosophique et théologique. Quant aux Constitutions, elles offrent un cadre concret et pratique à la juste réalisation du quotidien de la communauté, mais aussi à la possibilité de la vie heureuse réalisable par l’union à Dieu.

Auteur inconnu, La vision de saint Augustin
18e siècle, huile sur toile
© Collections du Monastère des Augustines, Hôtel-Dieu de Québec

Les Constitutions, moyens pour atteindre le salut

Si les enseignements de saint Augustin proposent un idéal de vie à atteindre – où la vie fraternelle  et ses finalités permettent de tendre vers l’union à Dieu –, les Constitutions représentent les moyens pratiques, utiles, à mettre en place pour y accéder. Elles les circonscrivent sous forme de règles, afin de parvenir aux buts de l’Institut qui peuvent se résumer en un « pur Amour de Dieu » et un « parfait Amour du Prochain » (Rousseau, 1989 : 315-318).

L’édition des années 1920 des Constitutions se décline en plusieurs parties et offre notamment les principes qui permettent de s’éloigner de la simple jouissance (telle que présentée plus haut) pour se consacrer à l’œuvre de miséricorde. Les vertus de pauvreté, de chasteté et d’obéissance introduisent et orientent l’ensemble des devoirs et des obligations communautaires. Résumons brièvement ces vertus, qui sont aussi les vœux que les religieuses signent lors de la profession temporaire et de la profession perpétuelle.

L’exercice de trois vertus

La pauvreté, nous dit François Rousseau, repose sur l’idéal de la pauvreté du Christ, selon lequel la possession et le désir des choses sont à proscrire. Il ne faut ni aimer, ni s’attacher à rien. De là découle l’usage commun des choses. Ces dernières sont considérées comme des emprunts au Christ. La communauté possède tout et distribue selon les besoins. Autrefois, les possessions, comme les vêtements, les croix, les chapelets, etc., étaient retirées généralement une fois par année et distribuées à nouveau. Les chambres étaient aussi très sobres et si la Mère supérieure le décidait, une rotation pouvait avoir lieu. Les religieuses changeaient alors de chambre et la seule chose qu’elles gardaient était la literie. Cette vertu de pauvreté, compris selon la distinction augustinienne frui et uti, fait en sorte que tout objet n’est qu’utilité pour en arriver à la connaissance du divin.

La vertu de la chasteté est en continuité avec celle de la pauvreté (si ce n’est pas de la chasteté que découlent les deux autres vœux); s’il ne faut s’attacher à aucun bien, il faut aussi garder les sens avec diligence et s’assurer de la pureté du corps et de l’âme. Il est nécessaire de rebuter tout ce qui se présente aux sens et qui va à l’encontre de cette idée de pureté, d’où l’importance, entre autres, de la continence. En restant chaste, la religieuse s’engage envers Dieu, que pour lui, et ce, dans une communauté religieuse fraternelle.

La vertu de l’obéissance se décline en deux éléments. Premièrement, la religieuse s’engage à exécuter ce qui est commandé. Deuxièmement, elle soumet son jugement et sa volonté à ceux de la Mère supérieure, « se persuadant que ce qu’elle commande, ou autre par son autorité, est comme une Ordonnance divine » (Constitutions citées par Rousseau, 1989 : 317). Par cette notion d’obéissance, on perçoit encore une fois cet abandon ou cette distanciation idéale de toute chose. Rien ne nous appartient et, de plus, il est nécessaire de suivre les décisions de la Mère supérieure, elle-même soumise aux buts finaux de la communauté que sont l’amour de Dieu et l’amour du prochain.

Dans l’ensemble, ces vertus de pauvreté, de chasteté et d’obéissance représentent les fondements sur lesquels les Constitutions reposent; ils indiquent à la communauté comment vivre et se comporterAutrefois, la règle de la clôture offrait le cadre propice à cette quête de l’amour de Dieu, qui n’est possible qu’en s’éloignant de soi-même et des choses n’offrant pas la vie heureuse au sens augustinien du terme.

Vœux de profession de sœur Sainte-Cécile, 16 juillet 1711
© Archives du Monastère des Augustines
Fonds Monastère des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec

Un travail régit au son de la cloche

Les règles suivies par les Augustines offrent un cadre organisateur du quotidien, et ce, autant pour la vie communautaire que pour le travail hospitalier[3]. Par exemple, en 1850, la journée normale débute par le lever à 4 h du matin et se termine à 20 h 45. Le tout au son des cloches. Le quotidien est entrecoupé de plusieurs activités religieuses (oraisons, méditations, prières, messe, angélus, récitations du chapelet, etc.) et de travail à l’hôpital, dépendamment des fonctions respectives à chacune.

Dans les Constitutions de 1923, on peut lire différentes choses sur le bon déroulement au sein de l’Institut; il y est question, par exemple, de l’attitude à avoir auprès des malades, des devoirs envers les sœurs décédées et même des procédures pour la prise de décisions importantes et pour des élections. D’ailleurs, les postes importants sont élus, comme celui de la Mère supérieure, en suivant des principes de démocratie limitée (seul un certain nombre de religieuses avait autrefois le droit de vote; cela est bien différent aujourd’hui), tandis que d’autres postes sont nommés par les instances supérieures.

Jadis, chacune des fonctions au monastère possédait ses propres règles qui dictaient les normes à respecter. Nous pensons notamment à la règle de l’apothicairesse ou à celle de la boulangère.

Rappelons que l’existence de ces règles permettait et permet toujours de régir la vie religieuse dans le paradigme de la recherche de l’union à Dieu. Ainsi, les normes du travail des Augustines s’inscrivent dans une philosophie de vie précise. Il ne s’agit pas de régir que dans l’optique de contrôler les individus. Au contraire, l’encadrement de la communauté se fait dans l’esprit d’une quête d’un certain idéal de vie évidemment religieux.

Travailler pour le bonheur 

Le travail des Augustines n’a jamais été qu’un simple boulot; il s’agit plutôt d’un sacrifice de soi inscrit dans une certaine vision du monde. Cette vision donne sens à la raison d’être des religieuses. Une augustine travaille pour sa communauté, pour les malades, pour Dieu, mais aussi pour elle-même; elle œuvre pour son propre salut qui aide aussi pour celui des autres. Il s’agit d’une adhérence à un sens de la vie dont le bonheur est la finalité ultime; un bonheur, nous le rappelons, qui ne vise pas la jouissance des choses pour ce qu’elles sont, mais qui vise la connaissance et l’amour de Dieu.

On réalise ainsi que le sens que l’on donne soi-même au travail peut dépendre de celui donné à la vie. Il est toujours bon de se questionner sur ses propres motivations. Que l’on soit croyant ou non, la façon des Augustines d’être dans le monde a le mérite d’inspirer une certaine réflexion quant aux raisons qui nous poussent à faire nous-même ce sacrifice. Quitte à revoir notre rapport au travail ainsi qu’à modifier notre mode de vie et notre vision qu’on se fait de cette dernière.

Références

François Rousseau, L’œuvre de chère en Nouvelle-France. Le régime des malades à l’Hôtel-Dieu de Québec, Québec : Les Presses de l’Université Laval, 1984, p. 313-326.

Isabelle Koch, « Augustin et l’usage du monde », Cahiers philosophiques 2010/2 (no 122), p. 21-42.

Christian Nadeau, Le vocabulaire de saint Augustin, Paris, Éditions Ellipses,


[1] On parle d’un texte d’une longueur de moins de 30 pages dans un petit format de livre de poche.

[2] Voir Confessions, livre X, 44.

[3] Les Augustines suivent encore aujourd’hui la même série de règles que par le passé. Toutefois, leur contenu (et leur rigidité) s’est transformé principalement au XXe siècle. Par exemple, les Constitutions n’ont pratiquement pas changé depuis 1666, mais quelques modifications mineures ont eu lieu dans les années 1920. Le tournant majeur en matière de changements suit le concile Vatican II, en 1965, ce qui a notamment permis aux sœurs de retirer la règle du cloître. La dernière édition des Constitutions date de 2008.

Sujets: Culture

Gérer les fruits de la terre

Pendant plus de 300 ans, les Augustines de la Miséricorde de Jésus ont su allier religion, soins infirmiers et une panoplie d’autres savoir-faire. Parmi leurs multiples talents, celui de gestionnaire se démarque et est toujours d’actualité aujourd’hui. Excluant l’administration du monastère et de l’hôpital, les religieuses ont su autrefois maximiser les fruits de la terre. Cet article fait le survol de quelques éléments issus du monde agricole des trois communautés des Augustines de Québec : leurs jardins, leurs seigneuries, leurs achats auprès d’autres producteurs et leurs serres.

Les jardins de proximité de L’Hôtel-Dieu de Québec

Les religieuses avaient, sur les lieux mêmes où était leur monastère, de grands jardins permettant une alimentation de proximité. À L’Hôtel-Dieu de Québec, on comptait plusieurs jardins, dont les plus imposants étaient ceux de la communauté et des pauvres. Ces deux jardins relevaient de deux administrations différentes; le premier était géré par le monastère, le second par l’hôpital. D’après le plan de Jean Bourdon, réalisé en 1670, le jardin de la communauté était subdivisé en six allées. Le jardin des pauvres était situé environ entre l’actuelle côte du Palais et la rue de l’Hôtel-Dieu, avec la rue Saint-Jean en guise de limite au sud. Un autre plan de la ville, celui de Robert de Villeneuve de 1685, montre un jardin des sœurs divisé en une vingtaine de carrés et celui de l’hôpital en une douzaine. D’après l’historienne Denyse Légaré, les jardins devaient être typiques des jardins clos que l’on retrouvait en France au XVIIe siècle et pouvaient servir de lieu de repos[1].

L’Hôtel-Dieu de Québec, vu du jardin de la communauté, 1939
© Archives du Monastère des Augustines

À l’époque de la Nouvelle-France, l’agriculture chez les Augustines ne servait pas qu’à nourrir l’hôpital ou le monastère. Au contraire, la culture de la terre représentait une source de revenus très importante pour les communautés de L’Hôtel-Dieu de Québec et de l’Hôpital général de Québec, puisqu’elles vendaient généralement les surplus de leurs jardins. Selon l’historien François Rousseau, cette pratique s’inscrivait dans la perspective d’une gestion optimale du temps et des ressources de la communauté[2].

Les jardins se sont évidemment modifiés au fil du temps. À l’Hôtel-Dieu, le jardin a été réaménagé en prévision des festivités commémoratives du tricentenaire de la communauté, en 1939. Sept pavillons avaient d’ailleurs été construits pour commémorer différents éléments de l’histoire des Augustines et du Québec. De ces petits bâtiments, seulement la Maison canadienne et la Tour de Londres subsistent aujourd’hui. Aussi, un terrain de badminton a été aménagé en 1957. Vers les années 1960, les religieuses ont même possédé une patinoire.

Les seigneuries de l’Hôpital général[3]

Outre les jardins, les Augustines ont aussi possédé jadis des seigneuries. L’Hôpital général a possédé quatre seigneuries avant 1760. Il s’agissait de Notre-Dame des Anges – sur laquelle se situent encore aujourd’hui le monastère et le CHSLD de l’Hôpital général de Québec, des Islets, de Saint-Vallier et de Kamouraska.

 

L’Hôpital général de Québec, vu du jardin, 1928
© Archives du Monastère des Augustines

Notre-Dame des Anges appartenait autrefois aux Récollets. Monseigneur de Saint-Vallier leur acheta en 1692 pour y fonder un hôpital général. Les Augustines gèrent les lieux depuis 1693. En 1702, un moulin à eau a été construit sur le bord de la rivière Saint-Charles. Cependant, la pénurie d’eau à cet endroit a obligé les religieuses à le remplacer en 1709 par un moulin à vent (qui a été refait en pierre en 1731 – il existe d’ailleurs toujours). Ceux-ci ont permis aux sœurs de ne plus devoir acheter de minots de blé. Ce moulin était aussi utilisé par les censitaires de la seigneurie des Islets et des cultivateurs environnants. De plus, l’Intendant avait demandé aux religieuses de moudre du blé pour les magasins du Roi. Cela représentait une bonne source de revenus supplémentaires.

La seigneurie des Islets avait été achetée, en 1696, par Monseigneur de Saint-Vallier qui l’a rapidement donnée aux Augustines. Une partie appartenait à l’hôpital et l’autre à la communauté. L’analyse des Livres des comptes de Micheline D’Allaire, historienne des communautés religieuses et de la Nouvelle-France, montre que cette seigneurie était rentable, car les sœurs en retiraient des profits régulièrement. Comme avec le jardin de la communauté, les surplus étaient vendus. La seigneurie se situait sur une partie de l’actuel parc Victoria, à côté de la rivière Saint-Charles.

La seigneurie de Saint-Vallier (aujourd’hui dans Bellechasse) était appréciée des sœurs. Elles s’y rendaient parfois et s’occupaient même des enfants. Le terrain, qui faisait alors partie du fief de La Durantaye, a été acheté par l’Hôpital général en 1720. Les religieuses prenaient à cœur cette seigneurie, au point qu’elles ont fait une requête contre quelques-uns de leurs censitaires qui négligeaient de mettre en valeur leurs terres. D’Allaire dit que « […] le 5 août 1733, l’Intendant condamne au moins 20 habitants de la seigneurie de Saint-Vallier à tenir feu et lieu[4] dans le cours de l’année, à peine de réunion de leurs terres au domaine des religieuses de l’Hôpital-Général »[5]. Environ dix ans plus tard, le fait s’est répété.

Comme la seigneurie des Islets, celle de Kamouraska a été achetée par Monseigneur de Saint-Vallier. Il semble que cette terre ne produisait que peu de choses. Selon D’Allaire, les Annales de la communauté indiquent que cette seigneurie fournissait 500 cordes de bois à l’Hôpital général.

Achats chez d’autres producteurs

Malgré leurs propres jardins et fermes, les Augustines devaient aussi s’approvisionner auprès d’autres producteurs agricoles. Dans le livre L’Hôpital-Général de Québec : 1692-1764, Micheline D’Allaire énumère, en se basant sur les Livres des comptes, quelques denrées achetées de l’extérieur. Par exemple, elle dit qu’en 1714, les Augustines ont acheté, pour la première fois, des citrouilles. Puis, en 1715, quatre barriques de pommes. Ensuite, les Augustines ont ajouté à leurs achats des poires, ainsi que des amandes dont elles ne pouvaient plus se passer. Selon D’Allaire, le raisin était le fruit que les religieuses auraient le plus acheté jusqu’en 1764. Il semble qu’il s’agit là du meilleur ingrédient pour faire du vin!

En matière de légumes, les Livres des comptes permettent de conclure que leurs achats étaient moins variés que les fruits, et ce, jusqu’en 1765. Le menu quotidien était principalement constitué de maïs, de pois, de fèves et de lentilles. Un seul légume, le céleri, a ajouté un peu de variété en 1733.

Toutefois, rappelons que les religieuses profitaient aussi des produits cultivés sur leurs propres terres. Comme le dit bien D’Allaire :

Il faut cependant penser qu’elles ont leurs propres jardins à côté de la maison pour leur fournir légumes connus tels les pommes de terre, les carottes, les tomates, la laitue, les oignons, les concombres, etc. De toute façon, on ne saurait s’étonner du peu de légumes consommés à l’Hôpital puisqu’en général on en mange peu en Nouvelle-France[6].

Dès lors, on réalise qu’il fallait se tourner vers d’autres producteurs pour combler les manques ou possiblement pour varier les besoins.

Les Serres de l’Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur de Jésus

Les Augustines n’ont pas cultivé que des plantes médicinales ou alimentaires; certaines ont aussi œuvré dans des serres, où poussaient des fleurs destinées à l’ornementation. C’était le cas de l’Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur de Jésus de Québec, dont les œuvres florales représentaient jadis une source importante de revenus (tout comme les fleurs artificielles de L’Hôtel Dieu de Québec).

L’Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur de Jésus, année inconnue
© Archives du Monastère des Augustines

Dans les serres données par le chapelain Charles Trudel et une certaine madame Routhier, sœur Sainte-Julie cultivait et créait avec habileté, dit-on, des arrangements de fleurs qui attiraient les éloges. Dans le livre Quand les murs parlent, Émilia B. Allaire raconte qu’à l’occasion des funérailles du premier ministre du Canada, Sir Thompson, en 1894, « […] le Dr W. Verge offre une pièce florale de si bon goût que les journaux en donnent une description, précisant que le « plus beau morceau » vient des serres de l’Hôpital du Sacré-Cœur »[7].

L’auteure ajoute que la presse a aussi commenté, en 1895, une commande faite par les religieuses de Jésus-Marie qui recevaient alors le marquis de Lévis pour l’inauguration du monument des Braves, sur le chemin Sainte-Foy, à Québec. Il s’agissait d’un diadème de fleurs massives aux trois couleurs du drapeau français, confectionné par les soins de sœur Sainte-Julie, sur lequel l’année 1760 était inscrite. Il s’agit de la date de la bataille de Sainte-Foy (28 avril 1760) durant la guerre de Sept Ans, dont le monument commémore l’événement.

Aménagements contemporains

Tout comme le reste de la société, les pratiques agricoles se sont transformées au fil du temps. Les Augustines ont évidemment elles aussi modifié leur gestion en la matière. Par exemple, comme il fut mentionné plus haut, le jardin de la communauté de L’Hôtel-Dieu de Québec s’est transformé à plusieurs reprises. Les derniers changements majeurs des lieux datent de l’ouverture de l’actuelle vocation des lieux. En effet, depuis 2015, un petit jardin de plantes pour la plupart comestibles agrémente la façade nord du hall d’entrée et un carré de l’apothicairesse situé dans la cour intérieure permet aux visiteurs du musée et de l’hôtel de découvrir des plantes utilisées autrefois de manière médicinale. À votre prochain passage au Monastère des Augustines, pourquoi ne pas en profiter et passer au jardin?

Bibliographie

Micheline D’Allaire, L’Hôpital-Général de Québec : 1692-1764, Montréal, Éditions Fidès, 1971, p. 41-45.

Emilia B. Allaire. Quand les murs parlent… Québec, Édition L’Action Sociale, 1873.

Denyse Légaré, Les jardins du monastère des Augustines et de l’Hôtel-Dieu, Rapport la Commission de la Capitale nationale, 2012.

François Rousseau, La croix et le scalpel. Histoire des Augustines et de l’Hôtel-Dieu de Québec I : 1639-1892, Québec, Éditions du Septentrion, 1989.


[1] Denyse Légaré, Les jardins du monastère des Augustines et de l’Hôtel-Dieu, Rapport la Commission de la Capitale nationale, 2012, p. 3-10.

[2] François Rousseau, La croix et le scalpel. Histoire des Augustines et de l’Hôtel-Dieu de Québec I : 1639-1892, Québec, Éditions du Septentrion, Tome I, p. 151.

[3] D’après Micheline D’Allaire, L’Hôpital-Général de Québec : 1692-1764, Montréal, Éditions Fidès, 1971, p. 41-45.

[4] « Tenir feu et lieu » est une locution liée au monde seigneurial, signifiant qu’il faut occuper la terre qui a été octroyée.

[5] Ibid., p. 42.

[6] Emilia B. Allaire. Quand les murs parlent… Québec, Édition L’Action Sociale, 1973, p. 164.

[7] Ibid., p. 163.

Sujets: Culture

L’hôpital, lieu de rémission

Lorsqu’on s’imagine les soins de santé en Nouvelle-France aux 17e et 18e siècles, on pense souvent à une misère incroyable où la mort est forcément assurée pour les patients hospitalisés. Évidemment, les hôpitaux de l’époque – tout comme ceux de France – étaient d’abord des lieux où l’on mourrait. Cependant, en fouillant un peu notre histoire médicale, on réalise que les malades admis chez les Augustines en sortaient souvent vivants. Dans le livre Au temps de la petite vérole, Rénald Lessard souligne que la mort n’est pas aussi présente qu’on peut le supposer à l’Hôtel-Dieu de Québec :

Entre 1689 et 1698, 93 % des hommes et 96 % des femmes soignés par les religieuses survivent. Pour l’année 1744, pour 657 admissions, on compte 604 patients qui sortent vivants de l’institution, soit 92 % des patients. Entre 1800 et 1823, le pourcentage des malades qui quittent les hôtels-Dieu de Québec et de Montréal atteint respectivement 90,5 % et 96,2 %[1].

Avec de telles données, on réalise que la « Grande Faucheuse » ne passait pas tout son temps à l’hôpital! On se demande alors : de quoi pouvaient donc souffrir ces pauvres âmes? Qu’est-ce qui leur permettait de retourner dans leur demeure?

Service des repas dans la salle Sainte-Anne de l’Hôtel-Dieu de Québec, 1877
Stéréogramme de L.P. Vallée
Archives du Monastère des Augustines
Fonds Hôpital du Monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec

Infections au gré des saisons

Tout d’abord, mentionnons que les admissions à l’hôpital variaient selon les saisons. D’après l’historien François Rousseau, les Augustines pouvaient reprendre leur souffle en saison froide, grâce à un ralentissement du nombre de gens à soigner[2]. Le rythme du travail agricole et des transports (voies maritimes et terrestres) était bien différent l’hiver, ce qui influait sur les possibles blessures et autres maladies à traiter normalement durant l’été.

Par exemple, à la fin du printemps et au début de l’été, l’arrivée en Nouvelle-France des navires de la marine royale et de la marine marchande signifiait aussi l’arrivée de maladies. Les conditions exécrables et la mauvaise alimentation lors des longues traversées de l’océan Atlantique représentaient un terrain fertile pour les maladies infectieuses comme le typhus. C’est notamment le cas le 16 août 1734, alors que le navire le Ruby accoste à Québec avec ses 150 malades. L’Hôtel-Dieu n’avait pas de place pour tout le monde! C’est d’ailleurs à cette occasion que le célèbre médecin de l’Hôtel-Dieu Michel Sarrazin contracte la maladie au chevet de ces malades et en meurt.

Épidémies sporadiques et autres pathologies banales

Les navires n’avaient pas l’exclusivité des maladies infectieuses. Entre la fin de l’époque missionnaire et le début de la guerre de la Conquête, on compte dans la colonie des cas sporadiques de pleurésie, de rougeole, de fièvre maligne et de grippe. La petite vérole (la variole) aura frappé plus souvent que d’autres troubles et aurait, malheureusement, fait beaucoup de victimes. Lors de l’épidémie de 1702-1703, par exemple, 350 personnes en décèdent dans la colonie[3].

Excluant les navires contaminés et les maladies infectieuses, un bon nombre de cas d’hospitalisations devaient être dus à des problèmes banals de la vie courante. Selon François Rousseau, les cas qui ne mettent pas en danger la vie des individus ont moins fait l’objet de recensions que les maladies mortelles touchant un groupe d’individus[4]. Du moins, les sources accessibles ne permettent pas d’établir facilement un portrait de cas que l’on peut qualifier d’ordinaires. En matière de pathologies externes nécessitant une chirurgie, il devait surtout être question de « blessures d’armes blanches et d’armes à feu, [de] blessures reliées à l’utilisation des instruments de travail, coupures, contusions, écrasements, engelures nécessitant l’amputation… ». Il s’agit là de possibilités d’accidents impliquant principalement des hommes[5].

Hospitalières à la boulangerie du pavillon Richelieu de l’Hôtel-Dieu de Québec, 1942
Archives du Monastère des Augustines
Fonds Hôpital du Monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec

Alimentation et repos… du corps et de l’âme

Le soin ainsi que la survie des malades hospitalisés dépendaient énormément de l’attention que donnaient les religieuses aux malades. Cette attention s’exprimait notamment par une alimentation de qualité et un bon repos. Sous le Régime français, l’alimentation de base au pays était le pain. En contexte hospitalier, l’alimentation semblait être meilleure qu’en contexte populaire. Elle y était plus diversifiée en matière de produits en plus d’être indépendante de la conjoncture économique[6], principalement parce que les religieuses possédaient leurs propres terres agricoles et leurs propres jardins sur les lieux. Les malades consommaient environ  une livre et demie de pain par jour, seul ou dans la soupe. Mais on ne se limitait pas qu’à ces deux aliments :

En plus de la livre et demie de pain, le régime quotidien comporte 10onces de viande ou de poisson, des légumes, des fruits… Comme boisson, les malades boivent du vin – peut-être coupé d’eau comme on avait l’habitude de le faire à l’époque –, de l’eau ou de la tisane. Véritable régime de reconstitution, la ration fournit au malade de 3 000 à 3 500 calories quotidiennement.[7]

En plus de cette nourriture, les malades admis avaient droit à une bonne hygiène (selon les pratiques et les croyances de l’époque), mais aussi à un excellent temps de repos. La spiritualité avait aussi une énorme place dans le soin dispensé par les Augustines. Prières, confessions, communions… des pratiques centrales, notamment pour soigner l’âme. Dans un précédent texte, il a été expliqué que les Augustines servaient (et servent toujours) le Christ en la personne des malades (voir : « Le charisme hospitalier et la charité chez les Augustines »). Cette façon de concevoir chaque individu comme détenteur d’une part du divin oriente positivement le soin. Malgré tout, l’attention était d’abord portée sur le corps, tout en baignant dans cet esprit de foi.

Prendre du temps pour soi au XXIe siècle

Apprendre que les malades guérissaient à l’hôpital aux 17e et 18e siècles permet de questionner nos pratiques de vie actuelles. Si une bonne alimentation, un repos régénérateur et des remèdes naturels pouvaient nous sauver la vie autrefois, il y a sûrement là matière à inspiration pour prévenir les maux qui frappent notre société contemporaine. Ces maux sont parfois simplement dus au stress et à la surcharge de travail. Bien s’alimenter et savoir prendre du temps pour soi, pour se reposer, hors du rythme effréné de la quête de performances et de la compétition du meilleur égo, ne peuvent qu’aider à nous maintenir en santé. Le Monastère des Augustines est, depuis son ouverture en 2015, une destination de choix pour apprendre à décrocher, mais aussi pour apprendre à s’apprivoiser.


[1] Rénald Lessard, Au temps de la petite vérole. La médecine au Canada aux XVIIe et XVIIIe siècles, Québec, Les éditions du Septentrion, p. 218-219.

[2] François Rousseau, La croix et le scalpel. Histoire des Augustines et de l’Hôtel-Dieu de Québec I : 1639-1892, Québec, Les éditions du Septentrion, p. 71.

[3] Ibid., p. 76.

[4] Ibid., p. 78.

[5] Ibid., p. 80.

[6] R. Lessard, 2012 : 219)

[7] F. Rousseau, La croix et le scalpel… p. 105.

Sujets: Culture

Le charisme hospitalier et la charité chez les Augustines

Lorsqu’on visite pour la première fois le Musée du Monastère des Augustines – en visite autonome ou commentée – un constat bien particulier s’impose généralement à nous : les hospitalières ont œuvré auprès des malades avec bienveillance. Pour mieux comprendre cette attitude qui caractérise bien les Augustines, il faut se tourner vers le charisme hospitalier de la communauté et plus spécifiquement vers la notion de charité, d’où émane cette forme d’altruisme. Voyons d’abord la conception du malade qu’ont encore aujourd’hui les Augustines de la Miséricorde de Jésus, pour ensuite tenter de cerner la notion de charité comme telle.

Lire la suite « %s »