La cohérence cardiaque, quand les cœurs respirent

Peut-être avez-vous déjà entendu parler ou pratiqué la cohérence cardiaque? Saviez-vous qu’au Monastère, nous cherchons à découvrir comment l’héritage des Augustines pourrait donner une couleur particulière à cette pratique? La cohérence cardiaque est une technique qui se fonde sur le fait que la respiration et le rythme cardiaque peuvent entrer en concordance, que le cœur et les poumons peuvent se parler, qu’ils peuvent se servir mutuellement, entraînant plusieurs bénéfices pour la santé, la vitalité et l’humeur!

Une séance typique de cohérence cardiaque est brève : six inspirations/expirations par minute pendant cinq minutes, idéalement trois fois par jour. L’inspiration et l’expiration ont la même durée (5 secondes) et alternent sans pause entre les deux. Une méthode brève, simple et efficace pour augmenter la variabilité des battements du cœur et les faire entrer en cohérence. Mise au point dans les années 1990, c’est un peu plus tard que la méthode gagne en notoriété avec les travaux du docteur français David Servan-Schreiber. Ce dernier popularise les différentes étapes développées et testées par le HeartMath Institute de Californie et il explore l’utilité clinique de la technique tant pour la psychiatrie que pour la cardiologie.

Quelques minutes au cœur pour des heures d’effets concomitants

Les études portant sur la cohérence cardiaque pointent des effets à long terme pouvant contrecarrer les effets du stress aux plans physique, émotionnel et social. Le système immunitaire bénéficie lui aussi de la pratique assidue de la cohérence cardiaque. Dans nos sociétés occupées, la fatigue mentale étant en train de devenir un phénomène normal, il est encourageant d’apprendre qu’un motif bref, répété et régulier de respiration a des effets à long terme sur nos capacités à gérer nos émotions, à prendre une distance salutaire face aux frustrations et aux pensées « toxiques ». Le cœur facilitant alors le fonctionnement du cerveau entraîne avec lui une meilleure disposition face au stress.

Le Dr Servan-Schreiber rapporte dans son livre Guérir que la « gestion efficace de son état intérieur peut transformer les performances [mentales] dans des conditions de stress. » Et fait intéressant, les groupes de travail ayant appris à maîtriser leurs réponses intérieures agissent de manière plus harmonieuse.

Double cohérence au Monastère des Augustines

« La cohérence induit un calme intérieur, mais ce n’est pas une méthode de relaxation : c’est une méthode d’action. »
– David Servan-Schreiber

Au Monastère, nous avons hérité d’un imposant patrimoine matériel à conserver et à mettre en valeur. Nous sommes aussi dépositaires d’une certaine sagesse que nous cherchons sans cesse à traduire et à actualiser aux bénéfices de nos visiteurs et de nos employés qui veulent prendre soin de leur santé en misant sur leurs propres capacités à veiller sur leur vitalité.

Percevoir la cohérence cardiaque comme une méthode d’action nous encourage, en tant qu’organisation, à explorer différentes voies d’application. Nous constatons que cette technique va dans le sens de l’autonomie en santé qui caractérise nos approches. De plus, sa pratique a des effets sur les individus, mais aussi sur les collectifs. Ces deux raisons nous motivent à explorer différentes avenues pour l’intégrer dans notre offre à nos visiteurs : par exemple, l’offre d’accompagnement en santé globale et dans notre programme d’activités quotidiennes « mouvement et ressourcement », mais aussi dans notre culture organisationnelle, donc auprès des membres de nos équipes.

Au Monastère des Augustines, nous saisissons différentes occasions d’initier les employés à la cohérence cardiaque. Par exemple, lors de réunions d’équipe ou de grand groupe, lorsque l’occasion s’y prête. Nous considérons que ce sont cinq minutes bien investies qui, comme le démontrent des études, peuvent faciliter l’harmonie quand le cœur et le cerveau entrent en résonance.

En plus d’être introduits à la cohérence cardiaque, les employés du Monastère ont la possibilité de participer aux activités quotidiennes en santé globale.

 

Une cohérence signée Augustines

Le Dr Servan-Schreiber rapporte qu’au-delà des bienfaits de la technique de base pratiquée régulièrement, on peut maximiser la cohérence cardiaque en portant consciemment notre attention sur la région du cœur dans notre poitrine, le plus simplement en nous imaginant respirer à travers le cœur (heart focus). Quand on en a « trop sur le cœur », la cohérence cardiaque doublée d’une intention peut amener progressivement une capacité à éviter l’emballement du cœur lors d’une situation stressante ou troublante.

« Une méthode efficace pour l’encourager, écrit Servan-Schreiber, est d’évoquer directement un sentiment de reconnaissance ou de gratitude et de le laisser envahir la poitrine. Le cœur est particulièrement sensible à la gratitude, à tout sentiment d’amour que ce soit pour un être, une chose, ou même à l’idée d’un univers bienveillant. »

Cette façon de faire parler le souffle et le cœur, de porter une intention, de se faire une place dans son propre cœur ou d’y tenir au chaud une autre personne qui a besoin de soin ou de réconfort (heart feeling) résonne avec les valeurs et les gestes de bienveillance qu’incarnent naturellement les Augustines.

Les Augustines ont une discipline de vie marquée par des pratiques spirituelles et collectives à fréquence régulière et récurrente. La pratique de la cohérence cardiaque en groupe a des ressemblances avec la vie fraternelle bien régulée des Augustines. Les occasions en grand groupe où l’on respire ensemble en conscience nous rapprochent des traditions communautaires des Augustines.

Le cœur enflammé est un important symbole pour désigner saint Augustin. Les Augustines accordent une grande importance à ce dernier. On le retrouve d’ailleurs sur le blason représentant la communauté.

« Des chercheurs du HeartMath Institute, dit Servan-Schreiber, ont montré que le simple fait d’évoquer une émotion positive grâce à un souvenir ou à une visualisation induit très rapidement une transition de variabilité cardiaque vers une phase de cohérence. Cette cohérence du rythme se répercute sur le cerveau émotionnel qui, à son tour, renforce la cohérence du cœur comme dans un cercle vertueux. »

Dans cette perspective élargie, la cohérence devient alors, une pratique fondée sur la respiration, son rythme, sa profondeur, mais aussi sur l’amour de soi, de l’autre et sur la gratitude pour ce qui est, ce qui nous rapproche d’une posture plus spirituelle.

Tous ces possibles rapprochements nous conduisent résolument à faire de la cohérence cardiaque une pratique « enrichie » distinctive au Monastère nous permettant de poursuivre notre désir de traduire et d’actualiser l’héritage des Augustines.


Claudine Papin

Conseillère en patrimoine social

Référence

David Servan-Schreiber, Guérir, Éditions Robert Laffont, 2003, 302 pages