La mort au monastère des augustines

 

Hugues St-Pierre, Guide, Musée du Monastère des Augustines

Chaque année, l’Église catholique célèbre la Commémoration des fidèles défunts le 2 novembre. Pour l’occasion, cet article propose de survoler quelques-unes des manifestations à la fois rituelles et symboliques de la mort chez les Augustines de Québec, pour qui la mort est une réalité bien présente, à l’hôpital comme au monastère.

Honorer les défunts

Depuis l’arrivée des fondatrices augustines en Nouvelle-France, les rituels liés à la mort sont manifestes au sein de la communauté. Par exemple, en l’année 1647, Les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec rapportent que le pape Innocent X (1574-1655) accorde une indulgence à l’église des hospitalières de Québec pour le jour de la « Commemoration des fideles trepassez » – c’est-à-dire le jour des Morts – ainsi que tous les lundis de l’année où était offerte la célébration eucharistique pour les religieuses décédées de l’Hôtel-Dieu (p. 86).

Dans les Constitutions de la communauté (édition de 1923), textes qui établissent l’organisation temporelle et spirituelle de la communauté, une section est dédiée au « devoir envers les sœurs décédées ». Y sont prescrits les rites et pratiques à réaliser dans un tel contexte : « On fera, pour chaque Professe défunte, quatre grands Services solennels outre l’enterrement, avec trente basses Messes, et, au bout de l’an, encore un grand Service; et chaque Sœur de chœur récitera en particulier trois Chapelets et trois Officies des Morts de neuf leçons, avec Vêpres et Laudes […] » (p. 68). Mentionnons toutefois que les pratiques rituelles entourant le décès des religieuses se sont transformées au fil du temps. Aujourd’hui, les prescriptions sont quelque peu différentes. Lors du décès d’une sœur, trois messes basses sont célébrées, et chaque religieuse de chaque monastère doit dire un chapelet à son intention.

Le sacrement des malades

Autrefois, l’extrême-onction représentait dans l’Église catholique (et chez les Augustines) le rituel d’accompagnement à la mort. Ce rituel a laissé sa place au sacrement des malades (aussi appelé onction des malades), qui est toujours pratiqué pour les religieuses en voie de décéder et pour les catholiques dans la même situation qui en font la demande. L’onction est appliquée avec une huile bénite par un prêtre et peut être précédée de la confession et de la communion.

 

 

Nécessaire à extrême-onction – Fin du 19e siècle – Début du 20e siècle

Collection du Monastère de l’Hôpital général de Québec

L’inhumation des malades et des religieuses

Encore aujourd’hui, à l’image des autres communautés augustines de la province, les religieuses de l’Hôtel-Dieu de Québec ont leur propre cimetière sur leur terrain; cimetière qui a déménagé à quelques reprises au fil des siècles, selon l’évolution des bâtiments. Dans les années 1930, les corps des religieuses inhumées ont été relocalisés à l’emplacement actuel, où des stalles communes rappellent leur passage dans le monde des vivants. D’après l’archéologue Nathalie Gaudreau, qui a dirigé les fouilles dans le monastère et ses environs, le cimetière des religieuses se trouvait jadis dans la cour carrée, derrière l’église.

Autrefois, le cimetière des Picotés, ouvert en 1703, empiétait à même le jardin de l’Hôtel-Dieu de Québec. Le nom de ce lieu d’inhumation fait suite à une épidémie de petite vérole, aussi appelée la « picote », alors que les victimes y sont enterrées. L’hôpital avait aussi son propre cimetière, destiné à recevoir ses malades décédés. Il est connu sous le nom du cimetière des Pauvres. En 1855, une loi interdisant les inhumations dans les limites de la ville de Québec est décrétée. Ainsi, les deux cimetières sont vidés de leur contenu au début des années 1860. Les corps de ces deux cimetières sont depuis au Cimetière Belmont, dans le quartier Sainte-Foy, à Québec. Toutefois, il y a toujours des corps ensevelis sous l’église, mais cette pratique n’a plus cours aujourd’hui.

Reliques saintes et relation au sacré : l’exemple de Marie-Catherine de Saint-Augustin

La présence de la mort s’articule aussi de bien d’autres façons dans un monastère. Par exemple, certains visiteurs s’étonneront de découvrir des reliques dans une petite salle du Chœur des religieuses. Pourtant, le culte des reliques est ancien dans le catholicisme. Généralement, les reliques proviennent du corps d’un saint, d’un objet qui lui a appartenu ou encore d’un objet qu’il a touché de son vivant. Les reliques permettent d’établir une relation avec le sacré. Leur présence crée parfois un espace sacral, pouvant devenir lieu de pèlerinage. Dans l’église du monastère des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec, on trouve une châsse reliquaire de Marie-Catherine de Saint-Augustin (1638-1668), religieuse très importante pour les Augustines. Elle est d’ailleurs considérée comme l’une des fondatrices de l’Église canadienne. De plus, le pape Jean-Paul II l’a déclarée bienheureuse en 1989. Chaque année, le 8 mai, jour d’anniversaire de sa mort, il y solennité pour les Augustines et l’Église canadienne.

Un centre a été érigé en l’honneur de la bienheureuse. Tel un pèlerinage, le parcours débute dans le corridor du chœur pour accéder à l’église historique où s’y trouve la châsse. Un buste reliquaire du père Jean de Brébeuf est aussi exposé à l’église. Brébeuf était le père spirituel de Catherine ainsi que l’un des martyrs canadiens.

Mort symbolique

Pour terminer, mentionnons que la mort est aussi bien présente au Monastère sous des manifestations symboliques. Par exemple, il est possible de voir au Musée des Augustines un drap mortuaire, utilisé autrefois pour la profession perpétuelle. Jadis, ce rituel représentait le dernier passage entre une possibilité de vie laïque et une entrée officielle dans la vie de communauté cloîtrée. Lors de ce rituel de passage, les religieuses disaient leurs adieux officiels au monde. Il s’agissait d’une mort au monde symbolique pour ces femmes qui décidaient de se vouer corps et âme à Dieu et aux malades. Cette mort se vivait au moment où les femmes se couchaient sur un drap de profession et qu’un drap mortuaire était tenu au-dessus d’elles. De nos jours, bien que la profession existe toujours, l’utilisation du drap mortuaire ne fait plus partie du cérémonial.

Pour en apprendre un peu plus sur ce rituel, n’hésitez pas à venir visiter le Musée du Monastère des Augustines! Vous pourrez y contempler les reliques de la communauté dans le chœur des religieuses ou encore visiter gratuitement le Centre Catherine.