LE PENSIONNAT DE L’HÔPITAL GÉNÉRAL (1725-1868)

Les vacances sont terminées et, pour des milliers d’élèves, les classes ont désormais commencé. Bien que de plus en plus rares, certains parents ont eu la lourde tâche de préparer des bagages et de dire au revoir à leurs enfants, pris en charge par le pensionnat de leur institution scolaire. Voici un petit retour sur une histoire méconnue!

Tout au long du 18e siècle, les rares établissements d’enseignement pour les jeunes filles sont confiés aux soins des communautés religieuses. À Québec, il n’existe à l’époque que deux pensionnats : celui des Ursulines et celui de la Congrégation Notre-Dame. C’est pourquoi Monseigneur de Saint-Vallier, deuxième évêque de Québec et fondateur du Monastère Notre-Dame des Anges, confie en 1725 une nouvelle mission aux Augustines de l’Hôpital Général de Québec. Les religieuses doivent dorénavant prendre sous leurs ailes des jeunes filles pour les éduquer, tant d’un point de vue intellectuel que moral. Le but premier de ce pensionnat est d’obtenir une source de revenu supplémentaire « dans un pays si pauvre et si ingrat que celuy-cy (sic) » (Lettre d’érection d’un pensionnat à la communauté de l’Hôpital Général par Mgr de Saint-Vallier, 20 novembre 1725). L’éducation n’est point la première vocation des Augustines de l’Hôpital Général, qui consiste plutôt à soigner les personnes âgées et les aliénés. Les religieuses font donc appel à toutes leurs connaissances pour établir un établissement d’enseignement de renom.

 

Le pensionnat ouvre donc ses portes à ses premières élèves en septembre 1726. Neuf jeunes filles font l’expérience d’une première année d’essais-erreurs et d’ajustements continuels. Au fil des années, la provenance des pensionnaires se diversifie. Les religieuses accueillent des élèves provenant de plusieurs régions du Québec, mais également des Américaines et des immigrantes irlandaises; l’une d’entre elles va d’ailleurs intégrer la communauté et enseigner au pensionnat. Au milieu du 19e siècle, les cours sont dispensés en anglais pour les élèves anglophones. Le pensionnat accueille également des jeunes de haut rang provenant de grandes familles à la fortune enviable.

Les locaux du pensionnat sont répartis au deuxième étage du monastère. Les religieuses enseignent entre autres la grammaire française, l’écriture, l’arithmétique, l’histoire, la géographie et l’anglais. Outre les cours de base, les élèves doivent suivre des cours de catéchisme et d’histoire sainte. Des plages horaires sont également prévues pour la confection d’ouvrages manuels et artistiques, tels que la musique, le dessin, la broderie, sans oublier les leçons de civilité qui permettent aux jeunes filles de bien se comporter en société. Les cours sont donnés par une dizaine de religieuses, et les élèves sont réparties en trois classes selon leur niveau et leur âge. En 1840, l’année scolaire se termine le 27 août, et les élèves reviennent en classe deux semaines plus tard. Dix ans plus tard, les classes se terminent au début du mois de juillet pour ne reprendre qu’à la fin août. Les vacances du temps des Fêtes se résument à la veille et au lendemain du jour de l’An. Les élèves peuvent recevoir leur famille au parloir les jeudis après-midi et bénéficient d’une journée sans cours chaque dimanche. Une permission spéciale peut être accordée par la supérieure de l’Hôpital Général si l’élève désire rendre visite à sa famille.

« Mon Sauveur et mon Dieu, votre divine tête a été couronnée d’épines; faites-moi grâce de ne souffrir d’ornements sur la mienne qu’autant que la bienséance le demande, puisque la modestie est le plus bel ornement d’une fille chrétienne, et celui qu’elle ne doit jamais oublier. Ainsi-soit-il. » (Recueil de prières à l’usage des élèves du pensionnat de l’Hôpital Général de Québec, 1863). Voilà la prière que récite la jeune pensionnaire à son lever, à cinq heures du matin, alors qu’elle se coiffe et se prépare pour sa journée. L’horaire journalier est réglé au quart de tour. Après un court déjeuner et une prière commune, les élèves se dirigent en silence vers la messe conventuelle, à six heures. Une heure plus tard, les cours commencent et se poursuivent jusqu’au dîner, à onze heures moins quart, qui se prend en silence. Après une petite récréation, les classes reprennent à midi pour se terminer à quatre heures moins quart. Un petit goûter est servi à trois heures pour permettre aux jeunes filles de se détendre. Une heure d’étude est ensuite effectuée avant le souper, servi à cinq heures et demie, toujours mené en silence. Les pensionnaires peuvent par la suite bénéficier d’une récréation suivie d’une seconde heure d’étude. Le coucher des petites s’effectue à sept heures et demie; les moyennes à huit heures et les grandes à huit heures et demie. Les prières accompagnent chaque moment de la journée, même lors de la routine du coucher, alors que l’élève en récite une lorsqu’elle retire son uniforme. Celui-ci, établi en 1851, consiste en une robe de mérinos violette pour les jours conventuels et blanche pour les fêtes.

 

L’horaire évolue au fil des ans, sans toutefois ne rien perdre de sa rigueur. La gestion du temps est un aspect important d’une communauté religieuse, et tout invité se doit de s’y conformer. En 1835, les examens publics présentés en fin d’année sont instaurés au pensionnat. Cet événement  ̶  très couru par de distingués invités, dont l’Évêque de Québec, le maire de la ville et une trentaine d’ecclésiastiques ̶ consiste à démontrer les connaissances acquises durant l’année par un examen oral, l’exposition des travaux artistiques et la présentation d’une pièce de théâtre. Pour assurer une éducation à leur fille, les parents déboursent 15 livres par année, c’est-à-dire environ 60 dollars de nos jours. C’est bien peu, comme le laisse entendre la supérieure, Mère St-Anselme, en 1850 : « Toutes [les pensionnaires] sont considérées être instruites gratuitement, car le prix qu’on exige ne paie que la pension [et] le chauffage. » (Lettre de Mère St-Anselme à l’Archevêché de Québec, 8 juin 1850). La faible rentabilité de l’aventure est d’ailleurs l’une des principales raisons qui entraîne la fermeture du pensionnat en 1868. Les religieuses désirent également concentrer leurs efforts vers leur mission première, soit le soin des personnes âgées et vulnérables. Entre le 24 juin 1765 et le 26 septembre 1868, dates de début et de fin du Registre du pensionnat, 1 788 élèves sont entrées au Monastère Notre-Dame des Anges pour s’instruire et parfaire leur éducation.

Le pensionnat n’est qu’une petite parcelle de l’histoire du Monastère Notre-Dame des Anges. Bien d’autres récits restent encore à dévoiler, mais voilà que vous devrez faire preuve de patience pour en connaître davantage sur ce lieu bien gardé de notre patrimoine!

 

 

Pour plus d’informations :

ALLAIRE, Maurice, « Le pensionnat de Notre-Dame des Anges », L’Action catholique, Québec, Vendredi 6 octobre 1744.

AUDET, Louis-Philippe, « Un pensionnat à l’Hôpital Général », La revue de l’Université Laval, Québec Vol. IX, No. 5, janvier 1955, p. 402.

 

Image 1 : Groupe général des élèves du pensionnat de N.-D. des Anges, 21 juin 1867, par M. Louis Bienvenu.

Image 2 : Ordre des exercices de la semaine, sans date

Image 3 et 4 : Pensionnat des religieuses de l’Hôpital Général de Québec, Bas-Canada, Prospectus, sans date. N.B. Un morceau du tissu de l’uniforme du pensionnat a été apposé sur le prospectus. 

 

Audrey Julien, Archiviste au Monastère des Augustines