Le rochet des Augustines

Par Amélie Nadeau, guide au Monastère des Augustines

Il est un angle par lequel les Augustines ne cessent de surprendre : celui du costume traditionnel. Aussi appelé « Saint Habit », ce costume découvre uniquement les mains et le visage : le nécessaire pour permettre les soins des malades et les activités quotidiennes au Monastère et à l’Hôtel-Dieu.

L’origine du costume traditionnel des Augustines suit celle de la règle de Saint-Augustin, et se perd dans la nuit des temps. Les premières communautés attachées à Saint-Augustin ont vu le jour à Hippone, au nord de l’actuelle Algérie, alors qu’Augustin (354-430) y était évêque. Cependant, ce n’est qu’en 1631 que les Constitutions réglant les divers aspects de la vie des Augustines sont publiées en France pour la première fois. On y dit peu du costume, mais que les « rochets seront en façon de Surplis, battas jusques au dessus des genouils »…

Le début du XVIIe siècle est une période de grands bouleversements pour les religieuses hospitalières, puisque le Concile de Trente (1545-1563) oblige les communautés féminines à la vie cloîtrée. La vie des religieuses s’organise désormais derrière la clôture, en retrait du monde. Auparavant, le costume variait d’une communauté d’Augustines à l’autre. Après le Concile de Trente, il est encadré avec de plus en plus de précisions. On perçoit nettement cette évolution dans les Constitutions révisées de 1666 qui abondent en détail au sujet de l’habit. On y lit notamment que « les rochets seront en façon de surplis, ils auront demie aulnes demy-quart pour les petites, on augmentera d’un seizième pour les moyennes, et ils auront jusqu’à trois quartiers pour les plus hautes; … ».

Mais qu’est-ce donc que ce rochet décrit par les Constitutions? Il s’agit d’un vêtement tissé de coton blanc qui recouvre l’ensemble du costume porté quotidiennement par les religieuses : le « Saint Habit ». Le rochet diffère selon que la religieuse est attachée au cloître pour les tâches domestiques (sœur converse) ou qu’elle est consacrée aux soins des pauvres et des malades à L’Hôtel-Dieu (sœur choriste). Ainsi, le rochet de la sœur converse est retenu à la taille par la ceinture de cuir, facilitant ainsi les travaux manuels liés aux tâches domestiques. La sœur choriste porte quant à elle la ceinture sous le rochet. Cette distinction dans le costume et dans les fonctions des religieuses existait-elle avant le XVIIe siècle et la publication des Constitutions? Certains indices nous invitent à le croire, mais bien des questions demeurent en suspens.

Un autre concile a radicalement transformé la vie des Augustines : Vatican II (1962-1965). Les orientations de ce concile suppriment la distinction entre les religieuses converses et choristes. Le costume traditionnel est aussi abandonné au bénéfice d’une robe blanche plus légère, apparentée aux uniformes des premières infirmières diplômées. De plus, la règle de la clôture tombe, permettant aux Augustines de dispenser des soins à l’extérieur de L’Hôtel-Dieu, où le besoin se fait sentir, comme elles le faisaient d’ailleurs avant le Concile de Trente.

Ce détour dans les méandres de l’histoire permet de souligner la grande force d’adaptation dont les Augustines ont fait preuve. Liées par une foi inébranlable à l’ardent désir de soigner tous ceux et celles qui sont dans le besoin, elles sont demeurées exigeantes et attentives afin que les pauvres et les malades trouvent chez elles un havre de paix. Aujourd’hui encore, elles sont à l’écoute de la population. Elles répondent à son besoin de recueillement et de bienveillance en l’invitant à habiter le Monastère fondateur de leur œuvre au Canada : un véritable écrin, rempli d’histoire… et de quelques mystères!

Les différentes pièces du costume d’une Augustine. À gauche, en blanc, le rochet.