Malheurs printaniers et grand ménage de la maison

Frileux et timide cette année, le printemps se montre enfin le bout du nez! Depuis longtemps, cette saison est pour l’homme symbole de renouveau, voire de renaissance. Elle marque le réveil de la nature, le retour du soleil et, bien sûr, le temps du grand ménage de la maison, auquel s’ajoute parfois un ménage de notre corps (cure détox, remise en forme, etc.). Le printemps n’a pourtant pas toujours été une épreuve aisée pour nos aïeux. Voyons quelques exemples.

Départs des bateaux et arrivées de malades

En Nouvelle-France, le printemps concordait avec les bateaux qui quittaient la France, et ce, dès la fonte des glaces des voies navigables. À L’Hôtel-Dieu de Québec par exemple, les commandes d’ingrédients utilisés pour préparer les remèdes devaient être effectuées en prévision de la date d’arrivée des bateaux en été. Il ne fallait manquer de rien avant l’arrivée de la cargaison en été.

D’après les recherches des archivistes du Centre d’archives du Monastère des Augustines, les commandes étaient réparties sur deux et même parfois sur trois bateaux. Si l’un des navires coulait, cette méthode assurait qu’au moins une partie de la commande se rende à bon port. En cas de naufrage, on ne payait que pour la marchandise reçue.

En plus du risque de perdre cette précieuse marchandise, l’équipage et les voyageurs qui arrivaient à Québec (principalement des soldats à l’époque) étaient souvent très malades, en raison du scorbut principalement. Heureusement pour eux, les Augustines les accueillaient dans leur Hôtel-Dieu, quel que soit leur nombre! Les registres de malades conservés au Centre d’archives du Monastère nous permettent d’ailleurs de connaître le nom des hospitalisés, leur âge, leur date d’entrée à l’hôpital, ainsi que le nombre de repas consommés. D’après Chantal Lacombe, archiviste, les registres de malades peuvent témoigner de phénomènes sociaux plus importants. Par exemple, celui de 1733 révèle que Québec fut visiblement une ville militaire.

 

Épidémie printanière de pleurésie

En 1708, il est mentionné dans les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec 1636-1716 que les pleurésies, inflammation de la plèvre, étaient « devenuës populaires des le printems ». Cette maladie pulmonaire aurait atteint un grand nombre de personnes, dont deux religieuses qui auraient contracté la maladie après avoir soigné les malades. Marie Catherine Gauverau de Saint-Augustin était âgée de seulement 26 ans et Sœur Marie-Françoise Jean Denis des Anges avait 40 ans. Être soignante en Nouvelle-France était risqué! De nos jours, il est heureusement plus facile de prévenir et de traiter la pleurésie, notamment à l’aide de petits gestes prophylactiques ou d’antibiotiques.

 

Le grand ménage du printemps

Le printemps concordait aussi avec un événement plus heureux que la maladie : le grand ménage de la maison! Dans les annales de L’Hôtel-Dieu de Québec du 2 avril 1853 et du 26 avril 1894, on peut y lire que les cellules des religieuses étaient nettoyées de fond en comble, encombrant ainsi « les rues du dortoir » avec des paillasses, des matelas, des buffets, etc. Considérant la grandeur du Monastère, ce grand nettoyage devait prendre beaucoup de temps et d’énergie! Aujourd’hui, nous avons le bonheur d’avoir une équipe du tonnerre qui entretient quotidiennement tous les quartiers du Monastère.

 

Profitons du soleil de mai!

Pour terminer, notons que jadis, le printemps signifiait généralement la fin des maladies d’hiver. L’augmentation des périodes d’ensoleillement et l’arrivée de la chaleur faisaient en sorte de débarrasser l’air des bactéries et des virus. À l’évidence, cela est encore vrai aujourd’hui. Le soleil est d’ailleurs l’une de nos principales sources de vitamine D. Alors, pourquoi ne pas en profiter pour prendre une petite marche et venir visiter le Monastère des Augustines!