LES ACTUALITÉS DU MONASTÈRE

325 années de soins et de compassion

Publié par Audrey Julien, Archiviste, Monastère Saint-Augustin le 3 avr. 2017 09:54:11

Cette année, et ce, depuis le mois de mars dernier, nous entrons dans une ère festive avec le 325e anniversaire de la fondation de l'Hôpital général, le plus ancien centre d'hébergement pour personnes âgées du pays.

Hôpital général 1935-1945.jpg

Au fil de ces 325 ans, le mandat de la fondation de l’Hôpital général a évolué. Tout a débuté par une requête de Monseigneur de Saint-Vallier, deuxième évêque de Québec, auprès du roi Louis XIV. Ladite requête est acceptée, rédigée et signée au mois de mars 1692. Celle-ci accorde « l'établissement d'un hôpital général, dans lequel les pauvres mendiants valides et invalides de l'un ou de l'autre sexe » sont employés à faire divers ouvrages et travaux comme la culture des terres. L'objectif premier de l'ouverture d'un hôpital général est de faire régresser l'oisiveté et le libertinage qui se propagent dans la colonie.

                Le site de ce nouvel établissement de soins est choisi par Monseigneur de Saint-Vallier, qui achète les terres et immeubles de la seigneurie Notre-Dame-des-Anges, appartenant aux Récollets et située aux abords de la rivière Saint-Charles. La gestion de l'Hôpital général est confiée au conseil d'administration qui était préalablement en charge du bureau de charité, la Maison de Providence, en haute-ville. Le soin des résidents revient à Sœur Saint-Ursule de la Congrégation de Notre-Dame et à madame Marie Pelletier, veuve de Jean Denis, qui s’occupent déjà de la Maison de Providence, remplacée par l’Hôpital général. Le 1er avril 1693, les religieuses hospitalières de la miséricorde de Jésus prennent le relais. Ces dernières garderont le fort jusqu'en 1999, année de la passation de la gestion de l'hôpital au gouvernement.

 

                Au fil des ans, bien des résidents et bienfaiteurs ont marqué son histoire. En voici quelques exemples.                          

RÉSIDENTS MARQUANTS

                Tous les soins prodigués durant plus de 300 ans n'ont lieu d'être que par la présence des résidents dans le besoin. Quelques-uns d'entre eux sont arrivés à titre d'employé; après plus de 60 ans dans les murs de la paroisse Notre-Dame-des Anges, territoire ecclésiastique incluant le Monastère et l'Hôpital général, ils se sont éteints parmi la communauté qui les a accueillis dès leur plus jeune âge.

                Par exemple, monsieur Alfred Drolet est entré au Monastère en tant que peintre à l'âge de 19 ans et servait toujours la communauté à l'âge de 62. Il décide de finir ses jours à l'Hôpital général où il décède le 14 mars 1949, à l'âge de 83 ans. 325 ans se sont écoulés, et une dizaine de résidents comptent plus de 40 ans de cohabitation avec la communauté religieuse.  

                Un autre fait intéressant est que plusieurs résidents, grâce aux bons soins des religieuses, dépassent le cap du centenaire. D'ailleurs, un certain monsieur Jacques Philibot est décédé à l'âge vénérable de 111 ans en 1730! Aujourd'hui, la plus âgée des résidentes a 106 ans.    

                Il est touchant de lire les multiples témoignages de compassion rédigés dans les annales du Monastère des Augustines de l'Hôpital général. Ces témoignages sont livrés à la suite du décès des résidents et nous permettent de retracer la vie de ces citoyens de la municipalité de Notre-Dame-des-Anges.

                Certains résidents, comme monsieur Ovide Giroux, ont marqué les mémoires. Connu sous le nom de l'aveugle de l'Hôpital général, il est entré à l'Hôpital général en 1867, à l'âge de 14 ans. Orphelin, il devient aveugle à la suite d'une maladie et est employé à diverses tâches, comme homme d’entretien des calorifères, messager chez divers marchands et orateur lors d'événements spéciaux. Les Augustines sont attristées de son décès le 11 juin 1923 : « C'était le type du parfait commissionnaire, la personnification de l'obligeance sous toutes ses formes. Combien aussi sont-ils rares ceux que le bon Ovide, ainsi l'appelait-on à l'hôpital, n'aient pas obligés, réconfortés et consolés aux heures tristes? » (Annales du 11 juin 1923).

Groupe de résidents 1867.jpg

BIENFAITEURS

                Nombreux ont été les anges gardiens de cet établissement. De par leur générosité et leur support tant financier que moral, ils ont contribué, à différentes époques, au soutien des activités de l'Hôpital général.

                Mademoiselle Jeanne-Geneviève de St-Ours, par exemple, est accueillie au pensionnat de l'Hôpital général vers 1752, à l'âge de 5 ans et a maintenu de forts liens d'amitié avec la communauté. Cette dame est également la nièce et cousine de plusieurs des religieuses de l'Hôpital général. Elle décide, à la fin du 18e siècle, de devenir une pensionnaire permanente et, par la même occasion, elle prend la décision de retirer complètement une dette de 10 000 livres que la communauté devait à sa famille. Pour que sa famille annule cette dette, mademoiselle St-Ours a renoncé à ses parts des terres des seigneuries familiales. Elle explique ce choix comme suit : « Je me flatte que mon désintéressement à votre égard me donnera de nouveaux droits sur vos cœurs dont cependant je n'ai jamais douté. » (Monseigneur de Saint-Vallier et l'Hôpital général, p. 460.). La communauté va chanter ses louanges pendant de nombreuses années. En 1850, 18 ans après son décès, une rue sera d’ailleurs nommée en son nom jusqu’en 1890, année de dénomination de l'actuel boulevard Langelier, voie d'entrée du Monastère Notre-Dame-des-Anges.

                L'aide afflue pendant des siècles de différentes manières, dont la « fondation de lits ». Celle-ci consiste en la répartition d'un legs testamentaire sur plusieurs années ayant pour but de couvrir les frais de plus d'un résident, et ce, pour une période qui est déterminée par le capital dépensé du legs. On compte parmi les légataires l'architecte de la ville de Québec, monsieur Thomas Baillargé, en 1860. Les contributions financières servent également pour des activités récréatives.

ÉVÉNEMENTS RASSEMBLEURS

                La communauté religieuse a toujours veillé au bien-être de ses résidents. Des festivités comme Noël et le Jeudi saint sont de bonnes occasions de se réunir et de festoyer. Des soirées théâtrales et musicales, gracieuseté de troupes artistiques externes, font partie des activités récréatives proposées aux résidents.

                De plus, d'autres occasions d'une ampleur considérable se sont ajoutées à travers le temps et sont devenues des traditions et des rituels qui reviennent année après année, dont la fête de l’hospitalière, un événement de reconnaissance. Les réjouissances débutent à midi par l'offre des vœux de fête à une sœur hospitalière et s'ensuit une chanson de circonstance exécutée par les résidents. Des présents sont ensuite offerts à la communauté religieuse en guise de remerciements. Cette fête comprend également une démonstration théâtrale de la part des résidents.

                On organise aussi des pique-niques, où hospitalisés et employés, accompagnés de leur famille, prennent place dans la cour de l'hôpital pour savourer des victuailles servies par la communauté. Par exemple, le pique-nique du 24 août 1949 est suivi de musique, de chants, de danses et de jeux pour se clôturer par un feu d'artifice. Ces événements sont l'occasion de resserrer les liens entre les résidents, le personnel et la communauté, tout en égayant la vie de chacun.       

Pique-nique HG 1949.jpg

MAINTENANT ...

                Cet établissement, qui a rendu un service incomparable à des milliers de résidents, ne tombe pas dans l'oubli. Aujourd'hui encore, les employés de l'hôpital ressentent et admirent le travail effectué par leurs prédécesseures, les Augustines. Une exposition commémorative sera inaugurée prochainement dans un couloir du centre d'hébergement de l'Hôpital général de Québec pour souligner toute la reconnaissance face au dévouement et à la compassion qui ont édifié cet établissement pendant 325 ans et qui se poursuivent encore de nos jours. La preuve, il n'est pas rare d'apercevoir des religieuses qui viennent rendre visite aux résidents, leurs concitoyens.   

 

Photographie 1 : Hôpital général entre 1935 et 1945. © Archives du Monastère des Augustines.

Photographie 2 : Groupe de résidents sur le quai en 1867. © Archives du Monastère des Augustines.

Photographie 3 : Pique-nique du 24 août 1949. © Archives du Monastère des Augustines.

 

Pour en savoir plus :

O’REILLY, Sœur Hélène. Monseigneur de Saint-Vallier et l’Hôpital Général de Québec, C. Darveau Imprimeur-Éditeur, 1882, 743 pages.

OURY, Guy-Marie. Monseigneur de Saint-Vallier et ses pauvres 1653-1727, Les Éditions La Liberté, Québec, 1993, 185 pages.   

Sujets: Culture

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