LES ACTUALITÉS DU MONASTÈRE

Dans les coulisses du Musée… Une rare et délicate opération de dépose

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À gauche, Ariane Blanchet-Robitaille et, à droite, Audrey Julien

Les 1er et 4 mai derniers, les églises respectives des monastères de l’Hôpital général de Québec et de l’Hôtel-Dieu de Québec ont été le théâtre d’une délicate opération de dépose[1] de cinq tableaux datant des 18e et 19e siècles. Une équipe de professionnels du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) s’est mobilisée afin de dégarnir, temporairement, une partie des murs des deux églises. Une opération peu commune qui demande une logistique rigoureuse.

Pourquoi une telle opération? Les œuvres ont quitté leur domicile pour ravir les yeux des amateurs d’art, car du 15 juin au 4 septembre, ces tableaux seront exposés au MNBAQ dans le cadre de l’exposition « Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins ». Cette exposition d’envergure vise à souligner le bicentenaire de l’arrivée au Canada de près de 200 tableaux, réalisés aux 17e et 18e siècles par des artistes peintres européens de renom. Connu sous le nom de « fonds Desjardins », ce lot de tableaux est attribuable à l’initiative de deux frères : Philippe-Jean-Louis Desjardins (1753-1833) et Louis-Joseph Desjardins (1766-1848).

En 1802, de retour en France après quelques années passées au Canada pour fuir la Révolution, l’abbé Philippe-Jean-Louis Desjardins achète un important lot d’œuvres d’art afin de les revendre, à profit, au Bas-Canada. En 1817, il fait parvenir une première cargaison de 120 tableaux à son frère cadet, alors chapelain pour les Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec. Les tableaux sont exposés dans l’église même de l’Hôtel-Dieu de Québec, qui devient alors le théâtre d’une vaste opération de vente. Parmi les acquéreurs, mentionnons le Séminaire de Québec, les fabriques de Notre-Dame de Québec, Notre-Dame-des-Victoires, Saint-Roch, Saint-Michel-de-Bellechasse, Saint-Antoine-de-Tilly, Nicolet et Saint-Denis-sur-Richelieu. Tous, désireux d’obtenir ces pièces de maîtres pour décorer leurs églises, se présentent à  l’église de l’Hôtel-Dieu de Québec pour admirer les pièces et procéder à la transaction.

Mère Saint-Antoine, supérieure des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec, relate cet événement dans sa Relation (avant 1864) : « […] Une chose qui gêna bien la sacristine ce fut un grand nombre de tableaux que Mr Desjardins fit venir de France […] l’Église, le dessus du chœur en étaient garnis d’autres sur des rouleaux plusieurs étant vieux avaient besoin de réparations […] Beau à voir, mais parfois pénible à supporter, vu l’embarras ou l’on se trouvait souvent […] [sic[2].

L’arrivée de ces tableaux a eu un impact majeur sur le développement de l’art au Québec et au Canada. Une nouvelle génération d’artistes, comprenant entre autres Jean-Baptiste Roy-Audy, Joseph Légaré, Antoine Plamondon et Thomas Vallin, a réalisé bon nombre de commandes en copiant les chefs-d’œuvre arrivés d’Europe. 

Des œuvres qui voyagent

Dans l’église du monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec, c’est l’œuvre de l’artiste François-Guillaume Ménageot, La Vierge plaçant sainte Thérèse sous la protection de saint Joseph, datant de 1787, qui a été prêtée pour les fins de l’exposition au MNBAQ. Exposé dans l’église de l’Hôtel-Dieu lors de la vente en 1817 et ne trouvant aucun acquéreur, le tableau a finalement été acheté par la communauté l’hébergeant, vers 1830. Ce tableau, en plus d’être présenté au MNBAQ jusqu’en septembre, sera par la suite acheminé en France, au Musée des beaux-arts de Rennes, où il sera présenté du 14 octobre 2017 au 28 janvier 2018, dans le cadre du volet français de l’exposition. Il s’agit d’un événement exceptionnel puisque l’œuvre traversera de nouveau l’Atlantique pour une première fois depuis 200 ans!

Dans l’église de l’Hôpital général de Québec, ce sont quatre tableaux réalisés par Joseph Légaré qui ont été prêtés au MNBAQ pour le volet québécois de l’exposition. Les œuvres, La Grande Sainte Famille de François 1er (La Visitation), l’Adoration des bergers (La Nativité), Saint-Pierre délivré de prison (Saint-Pierre aux liens) et le Christ à la piscine de Bethesda (La piscine probatique), constituent des répliques des tableaux du fonds des abbés Desjardins. Peints entre 1823 et 1825, ces tableaux sont par la suite acquis par les Augustines de l’Hôpital général de Québec. La transaction pour l’acquisition de neuf tableaux est effectuée pour la somme de 5000 livres. Un achat qui n’est pas hasardeux puisque l’une des filles de Joseph Légaré, Marie-Christine Letitia Légaré, dite de Saint-Léandre, fait profession à l’Hôpital général le 19 mai 1874 et fonde, dix ans plus tard, le Monastère de l’Hôtel-Dieu de Saint-Vallier de Chicoutimi avec quatre de ses consœurs.

En 1825, l’acquisition de ces tableaux a pour but de compléter les travaux de réparation et d’ornementation de l’église Notre-Dame-des-Anges du monastère de l’Hôpital général à la suite des nombreux dommages d’après-guerre. Cette même année, les œuvres de Joseph Légaré, pièces maîtresses des éléments de décoration, sont donc accrochées aux murs de l’église. Elles y resteront jusqu’en 1982, alors qu’elles sont déplacées pour permettre à nouveau la restauration de l’église. En 1986, elles seront elles-mêmes restaurées au Centre de conservation du Québec. Un peu plus de 30 ans plus tard, elles quittent de nouveau ce lieu de culte pour, cette fois, s’attirer les louanges des amateurs d’art au MNBAQ.

Le Monastère des Augustines est fier de contribuer à la réalisation de l’exposition « Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins » au MNBAQ. Nous vous invitons à compléter votre parcours de l’exposition par la visite de l’église de l’Hôtel-Dieu de Québec, lieu intimement lié à l’histoire de l’arrivée de ces chefs-d’œuvre au Canada, il y a 200 ans.

Décrochage et emballage du tableau La Grande Sainte Famille de François 1er, Église de l’Hôpital général de Québec, 1er mai 2017 :

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Décrochage et emballage du tableau La Vierge plaçant sainte Thérèse sous la protection de saint Joseph, Église de l’Hôtel-Dieu de Québec, 4 mai 2017 :

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[1] La dépose constitue l’opération de décrochage d’une œuvre de son milieu d’origine.

[2] Relation de Mère Saint-Antoine, 19e siècle, Archives du Monastère des Augustines, Fonds Monastère des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec, HDQ-F1-A5,3/1:20.  

Sujets: Culture

Des lectures inspirantes

Les «Actualités du Monastère» offrent un forum d’expression où les employés et les collaborateurs du Monastère des Augustines partagent leurs passions, leurs découvertes et leurs réflexions sur une foule de sujets entourant la santé globale et la culture au sens large. Nous espérons que les contenus que vous trouverez sous cette rubrique deviendront vos sources d’inspiration!

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