Retour sur les travaux des toits de cuivre, du clocher et de sa cloche

À l’été 2017, le Monastère des Augustines a procédé à une cure de rajeunissement de plusieurs de ses éléments architecturaux de cuivre. Plus précisément, les toits de la chapelle, de la sacristie et de l’église ont été changés. De plus, le clocher et le toit de la rotonde, eux aussi recouverts de cuivre, ainsi que la cloche, en plomb, ont fait l’objet d’une réfection.Ces travaux ont d’ailleurs servi d’occasion pour analyser la girouette du clocher, représentant un coq, pour installer à la structure du clocher des répliques de grilles qui s’y trouvaient autrefois, ainsi que pour procéder à la restauration des grilles originales. Nous décrirons ici plus en détail ces différents éléments, tout en y ajoutant une touche historique. Une attention particulière sera donnée au clocher et à sa cloche, deux éléments à l’historique nébuleux qui méritent d’être davantage développés.

Un projet de restauration

Initialement, les travaux de réhabilitation du Monastère des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec, terminés en 2015, devaient inclure tous les toits de tôle et de cuivre de l’ensemble conventuel. Le projet concernait aussi le clocher de l’église et sa cloche. Toutefois, par manque de moyens financiers, la plupart de ces structures ont dû être retirées du projet. Dès lors, en matière de toiture, seulement la tôle à baguettes des ailes les plus anciennes a été changée au moment de la réhabilitation.

Finalement, grâce à l’appui du Programme de partage des frais des lieux historiques nationaux de Parcs Canada et du Conseil du patrimoine religieux du Québec, il a été possible d’aller de l’avant et de reprendre la réfection jusque-là suspendue des structures. La grande majorité des interventions ont été complétées avant la fin de l’année 2017. Seulement une petite section du côté de la cour carrée reste à être finalisée en 2018[1]. L’ensemble de ces travaux ont été réalisés par la Fiducie du patrimoine culturel des Augustines.

Un travailleur à l’ouvrage sur les toits de cuivre du Monastère des Augustines, 2017.
Photo: Catherine Lévesque – © Monastère des Augustines

Les toits de cuivre

Les subventions octroyées ont permis de refaire à l’identique les quatre toits recouverts de cuivre du monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec. L’église, la sacristie, la chapelle et la rotonde possèdent maintenant une nouvelle toiture aux caractéristiques durables. Ultimement, l’oxydation naturelle du métal donnera une teinte verte à l’ensemble, tout en y apportant une meilleure imperméabilité.

Le revêtement remplacé datait de 1931, année de construction de la chapelle, de l’actuelle sacristie et de la rotonde[2]. Ainsi, au moment des travaux de réfection de 2017, les toitures de ces bâtiments avaient plus de 85 ans. Autrefois, l’église, construite entre mai 1800 et septembre 1803, possédait une toiture en tôle dite « à la canadienne ».

Le clocher

Aux travaux de toits s’ajoutent ceux réalisés sur le clocher de l’église et sa cloche. Le revêtement de cuivre a été changé, une lumière a été installée à l’intérieur et, le plus notable, la cloche a été réactivée. Grâce à un nouveau système électronique, la cloche de plomb retentit maintenant à l’angélus du midi et de 18 h. Elle avait cessé de fonctionner vers la fin des années 1960 et le début des années 1970.

L’origine du clocher est très mystérieuse. L’hypothèse la plus courante suppose que le clocher serait le même depuis le 18e siècle. Des rendus architecturaux réalisés en 2012 vont dans ce sens. Ces images indiquent que le clocher se serait déplacé sur les toits du monastère à trois reprises depuis 1757[3], c’est-à-dire depuis la reconstruction du monastère, détruit par les flammes en 1755[4]. Toutefois, devant un manque flagrant d’information, il est impossible de confirmer avec fermeté la validité de cette hypothèse. En fait, les informations tirées des archives du Monastère sont si éparses et lacunaires qu’elles soulèvent davantage de questions qu’elles n’apportent de réponses.

Une fois analysées, les données récoltées par l’archiviste Chantale Lacombe permettent seulement de conclure que le clocher actuel était, avant 1931, sur l’ancienne sacristie de 1803. En fait, il semble que ce clocher ait été détruit, puis reconstruit en façade de l’église en 1931, et ce, à partir d’éléments anciens et neufs. Il semblerait que la charpente de la structure ait été conservée par les sœurs. Le clocher aurait même été adapté pour y accueillir ultimement deux cloches supplémentaires. Un système électronique a aussi été installé en 1931 pour faire sonner la cloche. Quant au précédent clocher, il aurait été construit sur la sacristie vers 1809. Toutefois, rien n’indique que cette structure ait été ailleurs sur le monastère avant cette date. L’hypothèse du triple déplacement ne peut ainsi être affirmée avec fermeté.

Le clocher et le toit de l’église de l’Hôtel-Dieu de Québec en plein travaux.
Photo: Catherine Lévesque – © Monastère des Augustines

Une cloche de 1733?

Les travaux réalisés sur les toits de cuivre ont permis d’analyser la cloche du clocher de l’église. Selon Denis Robitaille, directeur de la Fiducie du patrimoine culturel des Augustines, une hypothèse souligne que cette cloche serait une création du fondeur Pierre Latour. Si cela s’avère exact, la cloche daterait de 1733. Malheureusement, tout comme pour le clocher, il est impossible d’affirmer cette hypothèse. Denis Robitaille lui-même doute que cela soit vrai.

Selon l’historienne de l’art Joanne Chagnon[5], il manque de preuves pour que nous puissions affirmer, voire prétendre, que cette cloche soit bien l’œuvre de Latour. Sans ces preuves, il est difficile d’admettre qu’une cloche de 1733 ait ainsi traversé le temps sans se briser, sans avoir été refondue, etc. Joanne Chagnon soulève l’idée que la cloche peut aussi être un don d’une paroisse à une époque plus récente que 1733. Par ailleurs, les marques gravées sur l’extérieur de la cloche ne donnent pas suffisamment d’information quant à son origine ou son auteur. De plus, les mentions de cloches dans les archives sont peu utiles pour identifier avec justesse la ou les cloches de la communauté. Les archives permettent seulement de déduire que l’actuelle cloche a déjà sonné dans l’ancien clocher datant de vers 1809, mais rien ne laisse croire qu’elle a plus de 280 ans.

Les inscriptions sur la cloche de l’église nous informent peu sur son origine.
Photo: Catherine Lévesque – © Monastère des Augustines

Les grilles du clocher

Les travaux sur le clocher ont permis l’installation de huit grilles sur le clocher. Il s’agit de reproductions d’anciennes grilles, initialement installées autour du clocher, vers les années 1810-1815. D’après une lettre circulaire de mère Melançon de Sainte-Claire, les grilles d’origine auraient appartenu aux Jésuites de Québec : « C’est la mère Sainte Claire qui a fait poser autour du clocher de l’église la grille de fer que l’on voit aujourd’hui et qui entourait autrefois la chaire de l’église des Jésuites. Nos religieuse[s] avaient demandé la permission de la sauver des débris épars lors de la démolition de cette antique église ».

D’après la conservatrice du Monastère, Ariane Blanchet-Robitaille, ces grilles auraient été données aux Augustines lors de la répartition des biens des Jésuites au début du 19e siècle. En fer forgé, elles auraient été à l’origine sur une chaire. On peut y voir des motifs floraux, et l’une d’elle contient le monogramme « IHS », entouré de rayons solaires, d’étoiles et, au centre des rayons, on y trouve un cœur transpercé de trois clous. Selon la conservatrice, le monogramme et les motifs représentent le sceau caractéristique des Jésuites. Ces huit grilles ont été retirées en 2003 et remplacées par des cordes.

Ces grilles témoignent de la présence des Jésuites à Québec, mais aussi du lien fraternel entretenu entre les Jésuites et les Augustines. Ces grilles ont été retirées en 2003, car elles étaient en mauvais état. Selon Denis Robitaille, elles avaient été fabriquées pour être à l’intérieur et non à l’extérieur. Les intempéries de la nature ont mené à une importante corrosion du fer. Elles seront traitées pour arrêter l’effet de corrosion. Il est envisagé de les mettre en valeur au Monastère. Quant aux nouvelles grilles installées au clocher, elles sont des copies des originales et elles ont été conçues pour durer et résister aux intempéries.

Le coq de l’église

La girouette du clocher est le dernier élément étudié pendant la réfection des toits. Cette girouette est de cuivre et date vraisemblablement du 20e siècle. Yvan Fortier, historien de Parcs Canada, suppose que cette création appartient à la typologie de l’ancienne ferblanterie de Falardeau de Québec. Il dit que pendant 25 ans, un certain M. Saint-Pierre y était le spécialiste des coqs de clocher, et ce, jusqu’en 1960. Il est possible qu’il s’agisse de l’auteur du coq, puisque son remplaçant, Paul-Émile Grenier, a fabriqué pendant quelques années des œuvres similaires pour le compte de l’entreprise Falardeau. Paul-Émile Grenier a réalisé environ 35 coqs, dont les modèles améliorés, mais toujours en respectant la démarche de la compagnie. Yvan Fortier se dit en faveur d’une attribution de cet artéfact à l’entreprise Falardeau. Son analyse offre ainsi une piste de recherche exemplaire pour une investigation future.

La croix et le coq du clocher de l’église du monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec, 2017.
Photo: Catherine Lévesque – 
© Monastère des Augustines

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La réfection des structures de cuivre aura permis à plusieurs employés du Monastère des Augustines de questionner l’histoire architecturale du monastère. Une chose aussi simple qu’un toit ou qu’un ancien clocher est en réalité plus complexe à détailler que l’on peut le croire. De plus, nous avons réalisé que la croyance initiale, à savoir que l’actuel clocher de l’église s’était déplacé sur les toits du monastère, peut difficilement être prouvée avec assurance. Les sources sont lacunaires, notamment par leur manque de précisions en la matière.

Le travail des historiens et autres professionnels liés au domaine du patrimoine est ainsi nécessaire pour mieux comprendre nos héritages architecturaux et artistiques. Ce travail permet aussi de rectifier certaines hypothèses trop souvent affirmées comme vraies, comme c’est le cas avec le clocher et la cloche de l’église du Monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec. Preuve que les organismes de protection du patrimoine, comme la Fiducie du patrimoine culturel des Augustines, ont une importance cruciale pour mieux connaître notre passé, mais aussi notre présent.

L’auteur souhaite remercier Denis Robitaille, directeur général de la Fiducie du patrimoine culturel des Augustines, Chantal Lacombe, archiviste au Centre d’archives du Monastère des Augustines, et Annick Tremblay, archiviste contractuelle.

 


[1] Il s’agit de la toiture du corridor menant du Monastère vers le Centre Catherine de Saint-Augustin et la sacristie de l’église.

[2] Jadis, la rotonde servait à donner l’accès au monastère, par un escalier intérieur aujourd’hui détruit. Elle agit maintenant comme sas d’entrée entre la rue Charlevoix et l’accès au hall actuel, construit entre 2014 et 2015.

[3] Initialement sur le toit du pavillon d’angle, le clocher aurait été déplacé en façade de la rue Charlevoix (1791-1810). Il aurait ensuite siégé sur l’ancienne sacristie de l’église (1810-19131), puis en façade de l’église (depuis 1931).

[4] Le monastère et l’hôpital sont ravagés par les flammes en 1755. L’incendie est d’origine criminelle.

[5] Contactée par courriel par l’archiviste contractuelle Annick Tremblay, le 14 décembre 2017.