Révéler le passé: Les fouilles archéologiques du Monastère des Augustines

Entre 2013 et 2015, des fouilles archéologiques ont eu lieu en amont des travaux de réhabilitation du monastère des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec. La coopérative de travail Artefactuel a été chargée de ce chantier, sous la direction de l’archéologue Nathalie Gaudreau. Nous nous concentrerons sur les particularités de ces fouilles ainsi que sur certaines interventions.

Un chantier se déroulant principalement à l’intérieur 

Les fouilles archéologiques du Monastère des Augustines de l’Hôtel-Dieu ont un caractère exceptionnel tant par leur durée que leur emplacement. En effet, il est rare qu’un chantier archéologique s’échelonne sur une aussi longue période de temps. L’ensemble des interventions s’est déroulé sur trois ans en suivant l’échéancier des travaux de réhabilitation du monastère. L’équipe d’Artefactuel a eu la chance d’effectuer des interventions d’un monastère qui était jusqu’alors habité par des religieuses. Précisons qu’il est extrêmement rare pour des archéologues de travailler à l’intérieur de bâtiments; leurs fouilles se déroulant généralement à l’extérieur, sous la lumière naturelle du soleil. Ces fouilles ont ainsi nécessité une adaptation en matière de méthodes de travail et de nouvelles techniques d’éclairage.

 

Des vestiges de l’incendie du 7 juin 1755

Pour circonscrire leurs secteurs d’interventions, les archéologues d’Artefactuel se sont basés sur de vieux plans se trouvant dans les archives du monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec, ainsi que sur certains écrits comme Les Annales de l’Hôtel-Dieu de Québec. L’utilisation de ces documents a permis d’infirmer ou de confirmer certaines hypothèses. Prenons par exemple l’incendie du monastère et de l’hôpital du 7 juin 1755. En retirant le plancher latté du premier étage de l’aile du Jardin, les archéologues ont découvert des débris calcinés, souvenirs de l’incendie. Ces vestiges portant les traces de l’incendie de 1755 ont permis de confirmer l’idée que la reconstruction du monastère fut rapide. En effet, il fut reconstruit en environ deux ans, et ce, sans même prendre le temps de ramasser tous les débris de l’incendie. Le loquet poucier ci-dessous porte les traces de l’incendie de 1755.

Loquet poucier et plaque de serrure en fer forgé, deux vestiges de l’incendie de 1755
© Collections du Monastère des Augustines, Hôtel-Dieu de Québec

 

Une surprise de taille : la citerne du pavillon d’angle

La découverte de vestiges sous le pavillon d’angle représente une surprise pour les archéologues, puisqu’ils ne figurent sur aucun plan ancien. On fit cette trouvaille lorsque les entrepreneurs commencèrent à creuser cette partie du monastère qui devait ensuite être bétonnée pour y construire une salle d’équipements mécaniques.

Cette structure, dont l’une des extrémités de sa base est en hémicycle, serait vieille de plus de trois siècles. Elle aurait notamment servi à contenir de l’eau, vu son aspect bombé vers l’extérieur et son mortier d’argile permettant une meilleure étanchéité. Des résidus de savon ont d’ailleurs été découverts à l’intérieur de la citerne, ce qui suggère qu’elle fut utilisée comme lavoir. Cette citerne se situe sur une autre structure qui fut probablement une ancienne chapelle datant des débuts de la colonie.

Le chantier de ce qui devint  Monastère des Augustines a été retardé de plusieurs mois afin qu’un autre emplacement soit choisi pour construire la salle des machines. Le ministère de la Culture du Québec est lui-même intervenu pour que ces vestiges soient préservés. Pour en savoir plus sur les fouilles du pavillon d’angle, visionnez cette vidéo filmée lors des travaux.

 

Un vaste réseau de canalisations d’eau

À leur arrivée en Nouvelle-France en 1639, les Augustines furent confrontées à une difficulté de taille : l’absence d’un accès à l’eau. Impossible pour des hospitalières de bâtir un hôpital sans eau. Elles abandonnèrent donc leur monastère de Québec pour s’établir à Sillery, non loin de l’actuelle côte à Gignac. En 1644, elles retournent à Québec à leur emplacement actuel. Les fouilles archéologiques des dernières années ont permis de découvrir un important réseau de canalisations d’eau destiné à alimenter les bâtiments de l’hôpital et de la communauté. Ces vestiges peuvent apparaître banals, mais ils rendent compte de l’importance de l’eau chez les hospitalières et de l’ingéniosité dont elles ont fait preuve pour s’en alimenter.

Fragments de tissus altérés par le feu, découverts sous le plancher du rez-de-chaussée de l’aile du Jardin.
© Collections du Monastère des Augustines, Hôtel-Dieu de Québec

 

Référence:

La coopérative Artéfactuel. Le Monastère se dévoile : Interventions archéologiques 2013-2015 au site du Monastère-des-Augustines-de-l’Hôtel-Dieu-de-Québec (CeEt-80), décembre 2016