S’inspirer des premières hospitalières pour réapprendre à prendre soin

Au moment de  réhabiliter leur monastère, les Augustines ont souhaité que leur vocation de soigner des malades migre vers le « prendre soin » de celles et de ceux qui prennent soin. Leur vision s’est traduite au Monastère des Augustines par l’offre d’une hospitalité solidaire aux accompagnateurs de malades, du répit pour les proches aidants et le développement de périodes de ressourcement dédiées aux soignants professionnels, c’est-à-dire pour ceux et celles qui prennent soin ou qui sont aux services des personnes malades ou vulnérables.

 

 

Au Monastère nous accueillons des soignants de différents horizons professionnels et nous sommes sensibles à la dimension intergénérationnelle. Souvent sous forme de Cercles de parole, les soignants (médecins, infirmières, auxiliaires, préposé(e)s, praticien(ne)s en travail social, intervenants de la santé et des services sociaux, etc.) partagent leurs expériences et entretiennent leur passion pour le soin. Comme réfléchir et agir ensemble sont typiquement augustiniens, ces occasions permettent de réfléchir à des questions comme celui du ressourcement des soignants ».

 

Actualiser le charisme des Augustines

Un groupe de soignants s’est rencontré au Monastère et s’est penché sur la question suivante : comment prendre soin des soignants à la manière des Augustines? Ensemble, nous avons cherché les manières de traduire, dans un contexte contemporain, les composantes du charisme des Augustines (soit l’hospitalité, le soin, la vie fraternelle et la vie spirituelle) et les manières d’actualiser ces composantes dans différentes activités de ressourcement. Voyons quelques résultats par rapport à chacune des composantes du charisme.

 

Le prendre soin

Les soignants participants ont ainsi été invités à décoder leurs expériences personnelles et professionnelles à la recherche de manifestations des composantes du charisme. Ils ont identifié certains éléments leur procurant le sentiment que l’on prend soin d’eux au Monastère :

  • Le souci de la transition entre la journée de travail et l’activité au Monastère;
  • La possibilité de prendre la parole, de parler de soi dans un contexte sécuritaire qui favorise l’intimité;
  • La mise en place de conditions qui favorisent une écoute sincère
  • Une période de temps qui induit le ralentissement;
  • Le soin pris dans la mise en place de l’espace physique de rencontre;
  • Le fait d’être invité à se laisser servir, à recevoir de l’attention (ce qui ne semble pas évident pour les soignants habitués au service).

 

 

La spiritualité

La spiritualité augustinienne aspire à avoir un seul cœur, une seule âme tournée vers Dieu. Cette visée indique que l’aspect communautaire occupe une place centrale. La vie fraternelle semble contribuer, elle aussi, à ressentir du soin. Les soignants ont repéré ces différentes manifestations :

  • Pouvoir déposer sa petite histoire personnelle dans celle plus vaste de la communauté des Augustines et ressentir la puissance de se reconnaître dans une lignée;
  • Prendre part à une activité collective sans hiérarchie, ni survalorisation des rôles ou des expériences;
  • Échanger à partir de son histoire, de gestes ou d’actes vécus plutôt que d’idées ou d’opinions;
  • Avoir le sentiment d’être collectivement créatif.

 

L’hospitalité

Il est apparu aussi que l’hospitalité manifestée de façon désintéressée contribue au sentiment que l’autre prend soin et que l’on a de la valeur. Les soignants ont conclu que ces aspects favorisent ce sentiment :

  • Le fait d’être attendu et reconnu;
  • La possibilité de contribuer à un projet qui fait sens;
  • Se retrouver dans un climat de mutualité;
  • À la fin de l’activité, être reconduit jusqu’à l’entrée et sentir que la relation est bouclée.

 

L’esprit de la communauté

Lors d’une activité, un soignant s’étant adressé à une augustine présente pour l’occasion lui demande si le « burnout » ou la dépression étaient présents dans la communauté hospitalière. Sans nier la réalité de la fatigue de l’engagement à soigner et des longues heures de présence à l’hôpital, elle évoque que les temps d’intériorité par la prière ainsi que la possibilité de compter sur une communauté ont été pour elle et d’autres consœurs des garde-fous aux impuissances et fatigues personnelles.

La communauté privilégie une vie de prière commune afin de chercher Dieu ensemble. Pour ce faire, elles ont pour règle de prier les offices en commun. Leur journée commence par la prière, ce qui les soutient dans leurs œuvres. Le soir venu, toutes les personnes rencontrées pendant la journée font partie de leur prière.

 

 

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Pour terminer, cette exploration avec des soignants « du prendre soin à la manière des Augustines » a été riche en enseignements et en apprentissages, contribuant à échafauder petit à petit une offre de ressourcement qui porte la signature des Augustines. Après les activités, nous invitions les participant(e)s à compléter la phrase suivante : « Prendre soin des soignants à la manière des Augustines c’est … » Voici quelques bijoux de réponses :

« C’est être … en présence de l’autre »

« C’est se laisser toucher par l’histoire de l’autre »

« C’est me faire proche, écouter »

« C’est offrir une présence solide et aimante »

« C’est accueillir avec bienveillance et simplicité »

« C’est nourrir le sens »

 

Claudine Papin
Conseillère en patrimoine social au Monastère des Augustines