325 années de soins et de compassion


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Afin de souligner l’apport du plus ancien centre d’hébergement pour personnes âgées du pays, soit l’Hôpital général de Québec, retraçons ensemble les 325 années de soins et de compassion qui l’ont marqué.

325 années de soins et de compassion
Hôpital général entre 1935 et 1945.
© Archives du Monastère des Augustines.

Au fil de ces 325 ans, le mandat de la fondation de l’Hôpital général a évolué. Tout a débuté par une requête de Monseigneur de Saint-Vallier, alors deuxième évêque de Québec, auprès du roi Louis XIV. Ladite requête est acceptée, rédigée et signée au mois de mars 1692. Celle-ci accorde «l’établissement d’un hôpital général, dans lequel les pauvres mendiants valides et invalides de l’un ou de l’autre sexe» sont employés à faire divers ouvrages et travaux comme la culture des terres. L’objectif premier de l’ouverture d’un hôpital général est alors de faire régresser l’oisiveté et le libertinage. Deux phénomènes qui se propagent alors dans la colonie.

Monseigneur de Saint-Vallier choisi le site de ce nouvel établissement de soins. Il achète ainsi les terres et les immeubles de la seigneurie Notre-Dame-des-Anges, appartenant aux Récollets. Ceux-ci se situent aux abords de la rivière Saint-Charles. On confie la gestion de l’Hôpital général au conseil d’administration, préalablement en charge du bureau de charité en haute ville, la Maison de Providence. Le soin des résidents revient toutefois à Sœur Saint-Ursule de la Congrégation de Notre-Dame et à madame Marie Pelletier, veuve de Jean Denis. Elles s’occupent déjà de la Maison de Providence, remplacée par l’Hôpital général. Le 1er avril 1693, les religieuses hospitalières de la miséricorde de Jésus prennent le relais. Ces dernières garderont le fort jusqu’en 1999, année de la passation de la gestion de l’hôpital au gouvernement.

Résidents marquants

Au fil des ans, bien des résidents et bienfaiteurs ont marqué son histoire. En voici d’ailleurs quelques exemples.

Tous les soins prodigués durant plus de 300 ans n’ont lieu d’être que par la présence des résidents dans le besoin. Quelques-uns d’entre eux sont arrivés à titre d’employé. Après plus de 60 ans dans les murs de la paroisse Notre-Dame-des Anges, territoire ecclésiastique incluant Le Monastère et l’Hôpital général, ils se sont éteints parmi la communauté qui les a accueillis dès leur plus jeune âge.

Par exemple, monsieur Alfred Drolet est entré au Monastère en tant que peintre à l’âge de 19 ans. Il servait toujours la communauté à l’âge de 62. Il décide de finir ses jours à l’Hôpital général. Son décès survient le 14 mars 1949, à l’âge de 83 ans. 325 ans se sont alors écoulés. Une dizaine de résidents comptent plus de 40 ans de cohabitation avec la communauté religieuse.

Un autre fait intéressant est que plusieurs résidents, grâce aux bons soins des religieuses, dépassent le cap du centenaire. D’ailleurs, un certain monsieur Jacques Philibot est décédé à l’âge vénérable de 111 ans en 1730! Aujourd’hui, la plus âgée des résidentes a 106 ans.

Il est touchant de lire les multiples témoignages de compassion rédigés dans les annales du Monastère des Augustines de l’Hôpital général. Ces témoignages sont livrés à la suite du décès des résidents. Ils nous permettent donc de retracer la vie de ces citoyens de la municipalité de Notre-Dame-des-Anges.

Certains résidents, comme monsieur Ovide Giroux, ont marqué les mémoires. Connu sous le nom de l’aveugle de l’Hôpital général, il est entré à l’Hôpital général en 1867, à l’âge de 14 ans. Orphelin, il devient aveugle à la suite d’une maladie. On l’emploie alors à diverses tâches, tels qu’homme d’entretien des calorifères, messager chez divers marchands et orateur lors d’événements spéciaux. Son décès, survenu le 11 juin 1923, attristent les Augustines.

«C’était le type du parfait commissionnaire, la personnification de l’obligeance sous toutes ses formes. Combien aussi sont-ils rares ceux que le bon Ovide, ainsi l’appelait-on à l’hôpital, n’aient pas obligés, réconfortés et consolés aux heures tristes?».

Annales du 11 juin 1923
325 années de soins et de compassion
Groupe de résidents sur le quai en 1867.
© Archives du Monastère des Augustines.

Les nombreux bienfaiteurs

Nombreux ont été les anges gardiens de cet établissement. Par leur générosité et leur support financier et moral, ils ont contribué, à différentes époques, au soutien des activités de l’Hôpital général.

Mademoiselle Jeanne-Geneviève de St-Ours, par exemple, est accueillie au pensionnat de l’Hôpital général vers 1752, à l’âge de 5 ans. Elle maintient de forts liens d’amitié avec la communauté. Cette dame est également la nièce et cousine de plusieurs des religieuses de l’Hôpital général. Elle décide, à la fin du 18e siècle, de devenir une pensionnaire permanente. Par la même occasion, elle prend la décision de retirer complètement la dette de 10 000 livres que la communauté devait à sa famille. Pour que sa famille annule cette dette, mademoiselle St-Ours a renoncé à ses parts des terres des seigneuries familiales. Elle explique ce choix comme suit :

«Je me flatte que mon désintéressement à votre égard me donnera de nouveaux droits sur vos cœurs dont cependant je n’ai jamais douté.»

Monseigneur de Saint-Vallier et l’Hôpital général, p. 460.

La communauté va chanter ses louanges pendant de nombreuses années. En 1850, 18 ans après son décès, on nomme d’ailleurs une rue en son nom jusqu’en 1890, année de dénomination de l’actuel boulevard Langelier, voie d’entrée du Monastère Notre-Dame-des-Anges.

L’aide afflue pendant des siècles de différentes manières, dont la « fondation de lits ». Celle-ci consiste en la répartition d’un legs testamentaire sur plusieurs années. Le but est d’ouvrir les frais de plusieurs résidents pour une période déterminée par le capital dépensé du legs. On compte notamment parmi les légataires l’architecte de la ville de Québec, monsieur Thomas Baillargé, en 1860. Les contributions financières servent également pour des activités récréatives.

Des événements rassembleurs

La communauté religieuse a toujours veillé au bien-être de ses résidents. Des festivités comme Noël et le Jeudi Saint sont donc de bonnes occasions de se réunir et de festoyer. Des soirées théâtrales et musicales, gracieuseté de troupes artistiques externes, font ainsi partie des activités récréatives proposées aux résidents.

De plus, d’autres occasions d’une ampleur considérable se sont ajoutées à travers le temps. Elles sont devenues des traditions ou encore des rituels qui reviennent année après année. La fête de l’hospitalière, un événement de reconnaissance, en est d’ailleurs un exemple. Les réjouissances débutent à midi par l’offre des vœux de fête à une sœur hospitalière. Elles s’ensuivent d’une chanson de circonstance chantée par les résidents. En guise de remerciements, on offre des présents à la communauté religieuse. Cette fête comprend également une démonstration théâtrale de la part des résidents.

On organise aussi des pique-niques, où hospitalisés et employés, accompagnés de leur famille, prennent place dans la cour de l’hôpital. Ensemble, ils savourent des victuailles servies par la communauté. Le 24 août 1949, on célèbre le pique-nique avec de la musique, des chants, des danses, ainsi que des jeux. Le pique-nique se clôture par un feu d’artifice. Ces événements sont alors l’occasion de resserrer les liens entre les résidents, le personnel et la communauté, tout en égayant la vie de chacun.

325 années de soins et de compassion
Pique-nique du 24 août 1949.
© Archives du Monastère des Augustines.

Maintenant

Cet établissement, qui a rendu un service incomparable à des milliers de résidents, ne tombe pas dans l’oubli. Aujourd’hui encore, les employés de l’hôpital ressentent et admirent le travail effectué par leurs prédécesseures, les Augustines. Une exposition commémorative sera d’ailleurs inaugurée prochainement dans un couloir du centre d’hébergement de l’Hôpital général de Québec. Celle-ci soulignera toute la reconnaissance face au dévouement et à la compassion qui ont édifié cet établissement pendant 325 ans et qui se poursuivent encore de nos jours. La preuve, il n’est pas rare d’apercevoir des religieuses qui viennent rendre visite aux résidents, leurs concitoyens.


En savoir plus 

O’REILLY, Sœur Hélène. Monseigneur de Saint-Vallier et l’Hôpital Général de Québec, C. Darveau Imprimeur-Éditeur, 1882, 743 pages.

OURY, Guy-Marie. Monseigneur de Saint-Vallier et ses pauvres 1653-1727, Les Éditions La Liberté, Québec, 1993, 185 pages.