Dans les coulisses du Musée du Monastère


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Dans les coulisses du Musée du Monastère
À gauche, Ariane Blanchet-Robitaille et, à droite, Audrey Julien

Les 1er et 4 mai 2017, les églises respectives des monastères de l’Hôpital général de Québec et de l’Hôtel-Dieu de Québec ont été le théâtre d’une délicate opération de dépose[1]. Une équipe de professionnels du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) s’est mobilisée. Elle a dégarni, temporairement, une partie des murs des deux églises. Une opération peu commune qui demande une logistique rigoureuse. Glissez donc avec nous dans les coulisses du Musée du Monastère!

Une rare et délicate opération de dépose

Pourquoi une telle opération? Les œuvres ont quitté leur domicile pour ravir les yeux des amateurs d’art. Du 15 juin au 4 septembre 2017, elles ont ainsi fait parties de l’exposition Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins du MNBAQ. Celle-ci visait à souligner le bicentenaire de l’arrivée au Canada de près de 200 tableaux. En effet, des artistes peintres européens de renom les ont réalisés aux 17e et 18e siècles. On connait ce lot de tableaux sous le nom de «fonds Desjardins». Une initiative des frères Philippe-Jean-Louis Desjardins (1753-1833) et Louis-Joseph Desjardins (1766-1848).

En 1802, l’abbé Philippe-Jean-Louis Desjardins est de retour en France après quelques années passées au Canada pour fuir la Révolution. Il achète alors un important lot d’œuvres d’art. Il les revend ensuite à profit au Bas-Canada. En 1817, il fait parvenir une première cargaison de 120 tableaux à son frère cadet. Ce dernier est alors chapelain pour les Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec. L’église de l’Hôtel-Dieu de Québec expose les tableaux. Elle devient ainsi le théâtre d’une vaste opération de vente. Parmi les acquéreurs, mentionnons le Séminaire de Québec, les fabriques de Notre-Dame de Québec, Notre-Dame-des-Victoires, Saint-Roch, Saint-Michel-de-Bellechasse, Saint-Antoine-de-Tilly, Nicolet et Saint-Denis-sur-Richelieu. Ils désirent ainsi obtenir ces pièces de maîtres pour décorer respectivement leurs églises. Ils se présentent donc à l’église de l’Hôtel-Dieu de Québec pour admirer les pièces et procéder à la transaction.

Mère Saint-Antoine, supérieure des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec, relate d’ailleurs cet événement dans sa Relation (avant 1864) : « […] Une chose qui gêna bien la sacristine ce fut un grand nombre de tableaux que Mr Desjardins fit venir de France […] l’Église, le dessus du chœur en étaient garnis d’autres sur des rouleaux plusieurs étant vieux avaient besoin de réparations […] Beau à voir, mais parfois pénible à supporter, vu l’embarras ou l’on se trouvait souvent […] [sic[2].

L’arrivée de ces tableaux a eu un impact majeur sur le développement de l’art au Québec et au Canada. Une nouvelle génération d’artistes réalise un bon nombre de commandes en copiant les chefs-d’œuvre arrivés d’Europe. Parmi celle-ci, les noms de Jean-Baptiste Roy-Audy, Joseph Légaré, Antoine Plamondon et Thomas Vallin y figurent.

Des œuvres qui voyagent

Dans l’église du Monastère, on prête l’œuvre La Vierge plaçant sainte Thérèse sous la protection de saint Joseph au MNBAQ pour les fins de l’exposition. Cette réalisation de l’artiste François-Guillaume Ménageot date de 1787. Cette œuvre n’ayant trouvé aucun acquéreur en 1817, la communauté l’hébergeant en fait l’achat en 1830.

Exposé au MNBAQ jusqu’en septembre 2017, ce tableau sera ensuite acheminé en France. Le Musée des beaux-arts de Rennes en fera l’exposition du 14 octobre 2017 au 28 janvier 2018. Il s’agit d’un événement exceptionnel puisque l’œuvre traversera de nouveau l’Atlantique pour une première fois depuis 200 ans!

Dans les coulisses du Musée du Monastère
Décrochage et emballage du tableau La Vierge plaçant sainte Thérèse sous la protection de saint Joseph, Église de l’Hôtel-Dieu de Québec, 4 mai 2017

À l’église de l’Hôpital général de Québec, on prête quatre tableaux réalisés par Joseph Légaré au MNBAQ. Les œuvres, La Grande Sainte Famille de François 1er (La Visitation), l’Adoration des bergers (La Nativité), Saint-Pierre délivré de prison (Saint-Pierre aux liens) et le Christ à la piscine de Bethesda (La piscine probatique), constituent des répliques des tableaux du fonds des abbés Desjardins. Peints entre 1823 et 1825, ces tableaux sont par la suite acquis par les Augustines de l’Hôpital général de Québec.

Dans les coulisses du Musée du Monastère
Décrochage et emballage du tableau La Grande Sainte Famille de François 1er, Église de l’Hôpital général de Québec, 1er mai 2017

Pour la somme de 5 000 livres, les Augustines font l’acquisition de neuf tableaux. Un achat loin d’être hasardeux. En effet, l’une des filles de Joseph Légaré, Marie-Christine Letitia Légaré, dite de Saint-Léandre, fait profession à l’Hôpital général le 19 mai 1874. Dix ans plus tard, elle fonde avec quatre de ses consœurs le monastère de l’Hôtel-Dieu de Saint-Vallier de Chicoutimi.

En 1825, l’église Notre-Dame-des-Anges du monastère de l’Hôpital général acquière ces tableaux. Le but est de compléter les travaux de réparation et d’ornementation de l’église à la suite des nombreux dommages d’après-guerre. Pièces maîtresses des éléments de décoration, les œuvres de Joseph Légaré sont accrochées la même année aux murs de l’église. Elles y resteront jusqu’en 1982, année de restauration de l’église. En 1986, le Centre de conservation du Québec les restaurent. Un peu plus de 30 ans plus tard, elles quittent de nouveau ce lieu de culte. Cette fois-ci, elles s’attirent les louanges des amateurs d’art au MNBAQ.

Le Monastère des Augustines est fier de contribuer à la réalisation de l’exposition Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins au MNBAQ.

Si le cœur vous en dit, complétez cette lecture par la visite de l’église de l’Hôtel-Dieu de Québec. Un lieu intimement lié à l’histoire de l’arrivée de ces chefs-d’œuvre au Canada, il y a 200 ans.


[1] La dépose constitue l’opération de décrochage d’une œuvre de son milieu d’origine.

[2] Relation de Mère Saint-Antoine, 19e siècle, Archives du Monastère des Augustines, Fonds Monastère des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec, HDQ-F1-A5,3/1:20.