Un événement tragique, source de solidarité : l’incendie de l’hôpital et du monastère de Chicoutimi

L’année 2020 aura été marquée par de profonds bouleversements, des défis au quotidien et de nombreuses inquiétudes en raison de la pandémie. Or, ce contexte particulier est également l’occasion de faire preuve de bonté et d’entraide envers les personnes qui nous entourent, car c’est souvent lors d’une épreuve que se présente l’occasion d’apporter une aide à autrui. Ce fut le cas le 27 mai 1963, lorsque les Augustines de Chicoutimi firent face à un incendie qui détruisit une grande partie de l’hôpital et du monastère.

Photographie des bâtiments qui disparaîtront dans les flammes lors de l’incendie de 1963, 1918, Chicoutimi, Le Monastère des Augustines, HDC-F1-C1-24.1:17.

Sur la photo ci-dessous, on aperçoit les principaux bâtiments qui ont disparu à la suite du sinistre. Il s’agissait des constructions les plus anciennes, c’est-à-dire, de gauche à droite, une partie de l’agrandissement du monastère (1917-1918), le monastère (1898), la chapelle de la Sainte-Face (1886), le chemin couvert (1888-1889), l’aile Saint-Joseph (1891), l’hôpital de Marine (1882), l’aile Saint-Michel, qui était la résidence des prêtres et des pensionnaires (1903), ainsi que l’orphelinat (1902).

Vue aérienne de l’incendie, 27 mai 1963, Chicoutimi, Le Monastère des Augustines, HDC-F1-C1-24.1:12.

De l’entraide de partout

Le feu s’est d’abord déclaré au sous-sol de la chapelle de la Sainte-Face, après le dîner. Le journal de la communauté nous donne quelques détails concernant cet évènement. On y apprend qu’aussitôt avertie, la supérieure, sœur Gracia Savard, se rend immédiatement à la communauté en disant : « Hâtez-vous, mes Sœurs, rendez-vous auprès de vos malades, l’hôpital est en feu; il faut évacuer tous les malades[1]. » À partir de ce moment, les choses se mettent en place rapidement afin que les dégâts soient limités. L’aide reçue de la part de divers organismes, des communautés religieuses des alentours et de la population est sans équivoque !

Les flammes se propagent rapidement malgré tous les efforts des pompiers de Chicoutimi. Le conseiller de la cité, M. Roland Roy, fait donc appel à M. Georges-Émile Lapalme, procureur général à Québec, afin d’obtenir l’autorisation de se servir de tous les services d’urgence des municipalités environnantes. Ainsi, les brigades à incendie de Jonquière, Chicoutimi-Nord, Arvida, Rivière-du-Moulin ainsi que la C.A.R.C. de Bagotville[2] accourent sur les lieux. Une centaine de pompiers resteront ainsi toute la nuit afin d’arroser le brasier encore fumant.

Pompiers à l’œuvre lors de l’incendie, 27 mai 1963, Chicoutimi, Le Monastère des Augustines, HDC-F1-C1-24.1 :7.

L’évacuation des patients

L’entraide se poursuit également avec l’évacuation complète des patients, qui sont plus de 900. Tout le personnel est à son poste afin de s’assurer du bon déroulement de cette transition : religieuses, médecins, infirmiers et infirmières, employés laïques et autres. Ceux-ci ne pensent qu’à une chose : sauver les malades. Plusieurs organismes de secours participent également à cette évacuation : les ambulanciers de Chicoutimi, la Protection civile du Québec, le service de protection civile de la région, l’armée, l’aviation, l’ambulance St-Jean, des particuliers et plusieurs autres personnes. C’est grâce à leur étroite collaboration que tous les malades ont été épargnés. Pas un seul n’est mort ni n’a été blessé des suites de l’incendie de l’hôpital et du monastère de Chicoutimi.

Tous ces patients sont également relocalisés. En effet, plus de 70 malades sont déplacés à l’Institut médical. On organise tout pour leur arrivée : Joron Transport envoie des lits et des matelas, Gagnon Frères, des couvertures, et Steinberg de Montréal demande à envoyer les aliments nécessaires pour le repas du soir et du lendemain.

Plusieurs grands malades reçoivent l’hospitalité à l’Hôtel-Dieu de Jonquière et d’Arvida. Les poupons ainsi que plusieurs enfants sont accueillis à l’Orphelinat de l’Immaculée avec quelques autres malades, où ils bénéficient du dévouement des Sœurs franciscaines. D’autres patients sont accueillis au Petit Séminaire, à l’École d’agriculture, à l’École apostolique ainsi que chez des parents et amis. Finalement, plusieurs autres patients ayant besoin de soins urgents sont envoyés dans un hôpital de fortune, au Centre d’apprentissage de Chicoutimi. Une cantine mobile de la Croix-Rouge y effectue le ravitaillement des patients. Des caisses et des caisses de matériel sont ainsi envoyées : lits pliants, médicaments, instruments, etc.

Sauvetage d’une religieuse

Une autre forme d’entraide est découverte grâce au journal de la communauté où le récit émouvant du sauvetage de sœur Saint-Vincent-de-Paul (Aimée Moffatt) est raconté par elle-même.

Extrait du journal de la communauté n° 10, 27 mai 1963, Chicoutimi, Le Monastère des Augustines, HDC-F1-A5,1/2 :10.
Sœur Saint-Vincent-de-Paul (Aimée Moffatt), à gauche, 11 novembre 1957, Chicoutimi, Le Monastère des Augustines, HDC-F1-C1-3.1.1 :36.

Communautés solidaires

À l’annonce du désastre, plusieurs communautés ont été solidaires et ont apporté leur aide aux Augustines de Chicoutimi. Les Augustines de l’Hôtel-Dieu de Jonquière ont accueilli les sœurs malades de l’infirmerie. Le jour même, sœur Marie-de-la-Paix, supérieure à l’Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur de Dolbeau, est venue chercher quelques-unes des religieuses. Dès le lendemain, les Augustines de Roberval ont également accueilli 38 de leurs consœurs.

Plusieurs supérieures des diverses communautés de la ville, y compris les Servantes du Saint-Sacrement, ont offert l’hospitalité. Elles étaient heureuses de pouvoir accueillir plusieurs Augustines éprouvées par cette tragédie. Les sœurs Antoniennes-de-Marie ont ainsi accueilli une dizaine de religieuses tandis que sœur Sainte-Brigitte a été reçue par sa sœur, religieuse au Bon-Conseil.

L’hospitalité offerte par les Pères Jésuites est également digne de mention. Du 11 juin au début de juillet, 30 religieuses se sont rendues à Val-Racine pour le repos de la nuit. Un autobus les conduisait le soir et allait les chercher le matin.

L’incendie de l’hôpital et du monastère de Chicoutimi du 27 mai 1963, bien que tragique, a mis de l’avant le dévouement, la solidarité et l’entraide de tout le personnel hospitalier, des différents corps de sauvetage de la région ainsi que de toute la population en général. Sans eux et leur collaboration, l’issue de cette journée aurait pu être encore plus désastreuse.


Annie Labrecque, archiviste au Centre d’archives du Monastère des Augustines, à Québec.


[1] Journal de la communauté n° 10, 27 mai 1963, Chicoutimi, Le Monastère des Augustines, HDC-F1-A5,1/2 :10, p. 22.

[2] Il s’agit d’une base d’aviation des Forces canadiennes qui servait, au départ, à entraîner les pilotes de l’Aviation royale canadienne.

[3] Transcription littérale d’un extrait du Journal de la communauté n° 10, 27 mai 1963, Chicoutimi, Le Monastère des Augustines, HDC-F1-A5,1/2 :10, p. 23.