Les apothicaires «en Canada»: de Louis Hébert aux hospitalières


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Les apothicaires «en Canada»: de Louis Hébert aux hospitalières
Les apothicaires «en Canada»: de Louis Hébert aux hospitalières

Il y a 400 ans, l’apothicaire parisien Louis Hébert (1575-1627) s’établissait de façon permanente en Haute-Ville. Il s’installait avec sa femme Marie Rollet et leurs trois enfants sur les terres de l’actuel Séminaire de Québec. On connaît Hébert comme le premier colon et le premier agriculteur français en Nouvelle-France. Il était pourtant avant tout un apothicaire de talent qui a marqué l’histoire de la Nouvelle-France. Découvrez le parcours des apothicaires «en Canada»: de Louis Hébert aux hospitalières

Les apothicaires et apothicairesses

Pendant le Régime français, on trouve peu d’apothicaires laïcs; ce sont plutôt les institutions religieuses (Jésuites et Augustines) qui prennent en charge ce travail. Pourvue de plusieurs traités d’apothicairerie, dont celui du célèbre apothicaire français Nicolas Lémery (1699), la collection de livres anciens des Augustines nous éclaire sur les connaissances médicinales de l’époque.

Les archives et les artéfacts des Augustines nous renseignent également sur la fonction d’apothicairesse en Nouvelle-France. L’apothicairesse tient un rôle important dans la communauté des Augustines. Par exemple, elle veille à la préparation des remèdes faits d’ingrédients d’origine végétale, minérale et animale. Certaines plantes médicinales indigènes se retrouvent dans le carré de l’apothicairerie, dans le jardin des pauvres (ou jardin de l’hôpital), à proximité du monastère. Aucune source ne fait cependant une description détaillée des plantes se trouvant dans ce carré; nous savons toutefois qu’il est d’une superficie d’environ 30 mètres par 30 mètres. C’est une surface modeste si on la compare au potager, deux fois plus imposant!

En Nouvelle-France, on tente également d’adapter la préparation des médicaments au climat canadien. On mélange les ingrédients du pays à ceux provenant de l’Ancien Monde. Par exemple, les Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec dissolvent au feu la gomme de mélèze du Canada dans de l’huile d’olive européenne. Cela vise à en faire un onguent efficace pour les maux d’estomac et de poitrine (Asselin et al, 2015 : 263). Les Augustines gardent contact avec des apothicaires européens, notamment Jacques-Tranquillain Féret, marchand-apothicaire de Dieppe. Elles leurs envoient des ingrédients locaux prisés en France et vice-versa. Si vous fouillez dans le kilomètre de documents d’archives se retrouvant au Centre d’archives du Monastère des Augustines, vous trouverez notamment de vieilles factures envoyées par des apothicaires de Dieppe et de La Rochelle. Des ingrédients, comme du mercure doux, de l’aloès, de la muscade et même des yeux d’écrevisse, accompagnaient ces factures.

Des ingrédients « canadiens » prisés en Europe

Lorsqu’ils arrivent «en Canada», les premiers colons découvrent des plantes médicinales locales, c’est-à-dire indigènes. Le ginseng canadien, la sanguinaire et le capillaire en sont des exemples. En Europe, on prise certaines plantes du Nouveau Monde. Le capillaire du Canada, aussi connu sous le nom d’adiante du Canada, est plus estimé que son équivalent européen. Lémery vante les vertus des capillaires, une sorte de fougère, utilisés en sirop. «Ils sont pectoraux, apéritifs, ils excitent le crachat, ils adoucissent les âcretés du sang, ils provoquent les mois aux femmes» (Asselin et al., 2015 : 125]).

Le sucre et le sirop d’érable sont aussi très populaires outremer. Les Augustines en envoient régulièrement en France. Elles utilisent les pains de sucre d’érable contre la toux et les rhumes. Les sirops à base de capillaire et de sucre d’érable sont également utiles contre le scorbut.

Le ginseng canadien, plante aux vertus tonifiantes, fait l’objet d’un commerce important entre les années 1740 et 1750. Toutefois, à la suite de mauvaises préparations de la plante, le commerce du ginseng canadien va s’étioler. Sa valeur marchande va alors chuter. Décrite par Samuel de Champlain dès 1635, la sanguinaire du Canada, avec sa racine rouge s’apparentant à du sang. Michel Sarrazin, botaniste et médecin du roi, la nommera Bellarniosa canadensis. Ce nom est en l’honneur de François de Beauharnois, intendant de la Nouvelle-France entre 1702 et 1705. S’inspirant de la théorie des signatures, basée sur la ressemblance entre certaines plantes et certains organes ou parties du corps, on l’utilise volontiers pour «provoquer les mois» (provoquer les menstruations).

Célébrons au jardin!

À l’été 2017, Le Monastère des Augustines célébrait l’héritage scientifique des apothicaires par l’ouverture d’un jardin de plantes médicinales situé dans la cour intérieure du Monastère. Moyennant un droit d’entrée au Musée du Monastère, vous avez accès au Carré de l’apothicairesse. Il a été élaboré en collaboration avec la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, la Faculté de pharmacie ainsi que le Jardin botanique Roger-Van den Hende de l’Université Laval.

Ce jardin est séparé en carrés de plantes médicinales afin d’évoquer l’aménagement historique du carré de l’apothicairerie de la communauté religieuse, d’inspiration française. Vous y trouverez une sélection de « simples », c’est-à-dire des plantes médicinales, associées aux médecines amérindiennes et européennes, ainsi qu’une description de leur usage en Nouvelle-France. Bien sûr, la vigoureuse équipe des guides du Monastère des Augustines sera présente tout l’été dans la cour intérieure du Monastère pour animer vos visites!


Sources 

  • Alain Asselin, Jacques Cayouette et Jacques Mathieu, Curieuses histoires de plantes du Canada, 1670-1760, tome II, Québec, Éditions du Septentrion, 2015.
  • Denyse Légaré, Les jardins des Augustines de l’Hôtel-Dieu, rapport préliminaire, Québec, Commission de la capitale nationale, 2012.
  • Rénald Lessard, Au temps de la petite vérole, la médecine au Canada aux XVIIe et XVIIIe siècles, Québec, Éditions du Septentrion, 2012.
  • Serge Rouleau, « La maison Couillard-Hébert : creuser le passé », Continuité, numéro 105, été 2005, p. 15-17.
  • François Rousseau, La croix et le scalpel. Histoire des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec, Sainte-Foy, Presses de l’Université Laval, 1989.
  • Ethel M. G. Bennett, « Louis Hébert »  [en ligne: http://www.biographi.ca/fr/bio/hebert_louis_1E.html].