Les valeurs des Augustines sous un angle pédagogique

Les 14 et 21 septembre 2018, nous recevions au Monastère environ 150 étudiantes[1] au baccalauréat en sciences infirmières de l’Université Laval (Québec) accompagnées de leur professeure Mme Diane Tapp et de son équipe. Leur visite au Monastère s’inscrivait dans le cadre d’un projet-pilote s’insérant lui-même au sein du cours intitulé Soins palliatifs et enjeux éthiques[2].  

Objectif projet-pilote

Claudine Papin, conseillère en patrimoine social au Monastère, a été mandatée par Mme Tapp pour faire vivre aux étudiantes une expérience hors campus afin d’aller au-delà de leurs apprentissages en classe. Pour ce faire, elle a mobilisé une équipe de collègues qui l’aiderait à créer un scénario de visite. Ainsi, Jeanne Francke, chargée de projet pour le ressourcement des soignants, Hugues St-Pierre, coordonnateur des contenus numériques (anciennement guide-animateur) et Sara Cossette-Blais, guide-animatrice au Musée, ont conçu ensemble une activité sur mesure, sous forme de parcours d’une durée totale de trois heures, afin de contribuer à l’atteinte des objectifs du cours donné par Mme Tapp.

Claudine Papin accueillait les étudiantes derrière une réplique de l’ancienne grille du parloir.
© Le Monastère des Augustines

 

Principales visées du projet

Une première intention de l’équipe au travers du processus de création de l’activité était de fournir aux étudiantes un temps et un espace pour s’arrêter et, si elles le désiraient, pour descendre en elles-mêmes et s’interroger quant à leur propre rapport à la vie, à leurs perceptions personnelles de la souffrance, du malade et de la mort, ainsi qu’à leurs croyances spirituelles et leurs sources de motivation face à leur vocation de soignantes. Toutes ces pistes de réflexion devaient également s’articuler autour de leur actuelle ou éventuelle pratique en soins palliatifs.

Deuxièmement, le parcours devait approfondir des connaissances en ce qui a trait à l’histoire du développement de la médecine, des soins infirmiers et des soins palliatifs.

Troisièmement, l’expérience visait la proposition d’un contenu pertinent quant à l’importance de la tradition judéo-chrétienne à travers l’histoire des soins au Québec et de l’influence de cette tradition dans les soins palliatifs. Le Monastère des Augustines, par son histoire extrêmement riche et son ambiance, a servi comme une excellente source d’inspiration pour l’équipe responsable de ce projet-pilote.

Ultimement, l’intention sous-jacente à cette première édition du parcours (rappelons qu’il s’agissait d’un projet-pilote) était de rendre accessible et intelligible l’univers symbolique, historique et spirituel des Augustines à des fins pédagogiques, et ce, par le canal de la transmission de la flamme hospitalière des Augustines.

Les étudiantes ont pu approfondir le lien étroit qui existe entre l’histoire des soins infirmiers et l’histoire des Augustines.
© Le Monastère des Augustines

 

Actualiser le patrimoine social des Augustines

Le Musée et son contenu patrimonial ont été identifiés par l’équipe comme des éléments susceptibles de déclencher une expérience personnelle et collective axée sur la question du sens; sens à donner à la vie, à la souffrance, à la mort ainsi qu’à la vocation de soignante. Le contenu muséologique a également été exploité pour sa qualité pédagogique. Pour cette raison, les différentes salles du Musée ainsi que le chœur des religieuses ont été utilisés en tant qu’appuis physique, mais également conceptuel.

Le charisme[3] spécifique des Augustines[4], la miséricorde, a été considéré dans le processus d’élaboration du parcours. Les quatre composantes du charisme que sont le soin, l’hospitalité, la vie intérieure et la vie en communauté ont guidé l’équipe dans son processus comme piliers conceptuels pour aborder l’histoire des Augustines. Le parcours a été divisé en six stations au sein desquelles étaient notamment partagés des témoignages d’augustines qui proposaient un moment d’introspection, de réflexion ou de partage.

Les étudiantes ont débuté le parcours dans le chœur des religieuses afin de participer à une première expérience de nature symbolique les mettant d’ores et déjà en contact avec le thème de la mort. Elles étaient invitées à prendre part à une chorégraphie que nous avons appelée la « grande traversée ». Les étudiantes devaient se déplacer d’un côté du chœur à l’autre, soit du côté des vivants à celui des morts. Le passage d’un à l’autre se faisait en guise de réponse à un appel lancé par l’animatrice. Cette dernière interrogeait les étudiantes quant à leurs propres expériences de la perte d’un être cher ou d’un patient. Ce lancement de l’activité a induit immédiatement le ton et la teneur de la visite : une proposition informative sur fond d’introspection liée à leur histoire personnelle.

Une deuxième station, plutôt informative, portait sur l’histoire des soins hospitaliers et palliatifs au Québec, ainsi que sur la vision, la place, du malade chez les sœurs.

Une troisième station se déroulait au réfectoire et permettait de saisir la force de la communauté chez les Augustines et, par la même occasion, de réfléchir et d’échanger sur le thème du sentiment d’appartenance à une collectivité de soignants(es).

Une quatrième station, l’ancien parloir des augustines, a été exploitée pour introduire les étudiantes à la notion d’engagement dans la vie des religieuses.

À la cinquième station, les visiteuses ont écouté des extraits d’entrevues réalisées auprès d’augustines. Ces extraits portaient sur le rapport des religieuses à la souffrance et à la mort. Ensuite, le groupe était invité à s’imprégner par le silence du lieu; le silence étant un élément central dans la vie des religieuses d’autrefois.

Après ces cinq stations du parcours, tous les sous-groupes se sont rejoints au chœur pour la clôture de l’activité. Chaque personne a alors retraversé le chœur dans le sens inverse à celui du début, afin de symboliser son retour dans le monde des vivants.

Les étudiantes ont été appelées à réfléchir à leur rapport aux patients et à la mort.
© Le Monastère des Augustines

 

L’histoire pour donner sens au présent : quelques perspectives d’avenir

Suite à la réception des impressions des étudiantes face à l’expérience vécue au Monastère et suite aux commentaires de la professeure, il apparaît que de manière générale, le parcours proposé a été bien accueilli. Le projet-pilote a été jugé favorablement en regard de sa pertinence dans le contexte pédagogique où il a été développé. Plusieurs témoignages de participantes se sont avérés très révélateurs quant à l’impact de cette activité sur elles. Nous avons constaté une grande appréciation des moments où des témoignages de religieuses étaient partagés.

Cette première expérimentation laisse entrevoir le grand potentiel pédagogique de ce parcours qui pourrait tout à fait être adapté et présenté à d’autres types de groupes ou d’équipes œuvrant dans le domaine de la santé et des services sociaux. Cette réalisation pourrait aussi être adaptée pour d’autres groupes scolaires, qu’ils soient de niveau collégial ou universitaire, du domaine de la santé ou des sciences humaines et sociales.

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L’œuvre des Augustines n’a pas terminé d’interpeller et de rejoindre le désir et le besoin de bienveillance et de compassion dans notre société actuelle, non plus que d’inspirer et d’alimenter la flamme de tous ces gens qui s’inscrivent dans une longue lignée de soignants, héritiers de la première communauté hospitalière en Nouvelle-France.

Au terme de cette première expérience, l’équipe organisatrice tient à remercier les nombreux volontaires qui sont venus prêter main-forte lors de la préparation et au moment de l’activité. Merci également à Mme Tapp et à son équipe pour leur confiance et leur enthousiasme.


[1] Nous utilisons ici le genre féminin puisqu’il représente la grande majorité des participants au parcours.

[2] Il est à noter que plusieurs étudiantes pratiquent déjà la profession d’infirmière en milieu hospitalier.

[3] Le charisme d’une communauté religieuse est notamment la « perception propre de la figure de Jésus » qu’elle possède ainsi que l’élément central à la source du « dynamisme d’engagement qui [la] mobilise ». Voir André Charron, « La reconnaissance du charisme d’une communauté religieuse : le cas de la Congrégation de Sainte-Croix », Théologiques, 17,1 (2009), p. 122-123.

[4] Sur le charisme des Augustines, voir Luc Gagnon, Un cœur qui battra toujours : les Augustines de la Miséricorde de Jésus de Roberval, 1918-2018, [Édité à compte d’auteur], 2018, 98 p.