Quand le trop-plein apaise le vide

Acheter, consommer, jeter ou cumuler sont certainement des réflexes conditionnés, en partie, par le contexte socio-économique. C’est sans aucun doute un des volets fondamentaux à considérer dans une société contemporaine où la stimulation audiovisuelle atteint son apogée. Cependant est-ce là, la principale dimension à considérer? Aujourd’hui, j’aimerais orienter notre réflexion vers notre univers intérieur et nous interroger sur les véritables raisons qui stimulent ce besoin ardent de consommer parfois même dans un état second, déconnecté de nos besoins réels et profonds.

Une question de contexte?

En écrivant ces quelques lignes, mes souvenirs me ramènent à une de mes premières conférences sur l’alimentation, la santé et le mieux-être. Une des participantes m’avait alors posé la question suivante : « Comment pouvez-vous comprendre la pulsion qui nous pousse vers le fast-food, alors que vous êtes née en Afrique, dans un pays où (à l’époque) la culture préconisait une alimentation saine et méditerranéenne? » Un moment de silence résonna dans la salle, et j’ai pris le temps de respirer profondément et de m’ancrer à mon ressenti avant de répondre : « Je comprends votre point de vue. Il est vrai que le contexte culturel, économique et social est moins agressif au Maroc lorsqu’il s’agit de l’alimentation. En même temps, je crois que si nous considérons la sensation de manque d’amour, de tendresse, de douceur, d’affection, de présence, d’attention, d’approbation, de sécurité, de protection, nous vivons la même douleur quel que soit notre environnement extérieur ». J’ai partagé lors de cet événement, un de mes plus grands apprentissages, un passage de mon histoire à la fois douloureux et tellement lumineux. Puisqu’il m’a permis de réaliser que cette sensation de vide stimule, si nous le choisissons, le désir de découvrir notre univers intérieur, les besoins réels qui se cachent derrière les pulsions et les conditionnements. L’objectif n’est alors plus de consommer mais bien d’apprendre à s’aimer.

Consommer en toute conscience

La consommation en toute conscience nous invite à ralentir pour être présent et attentif aux raisons qui stimulent l’achat et les conséquences sur ce qui nous entoure, cet environnement qui nous est prêté, que nous partageons avec des milliards de personnes et les générations à venir. Dans un élan d’introspection, ce ne sont peut-être pas les réponses qui sont importantes dans un premier temps. Se poser les bonnes questions démontre souvent clairement les motivations qui se cachent derrières nos réflexes, habitudes et comportements conditionnés depuis des années.

Pourquoi ai-je tant besoin de cumuler de la nourriture dans mon garde-manger? Lorsqu’un article est en promotion, pourquoi j’appuie rapidement sur la gâchette consommation? Ai-je réellement besoin du dernier modèle de téléphone intelligent? Lorsque je mange ou je bois nonchalamment ou urgemment, quels sont donc les malaises ou les situations que je souhaite apaiser, oublier ou ignorer dans ma vie intérieure, familiale, amoureuse, professionnelle ou sociale? Lorsque j’utilise à outrance des matériaux non recyclables sans aucune considération pour la terre et ceux qui y habitent, suis-je réellement dans le respect? Quelle est la place de cette valeur dans ma propre vie? La perception de ma valeur repose-t-elle sur le paraître, les titres, les biens et les possessions? Qui suis-je et quelle est ma richesse lorsque nous considérons le verbe être et nous mettons de côté les verbes faire et avoir?

Le courage d’être soi

Nous sommes souvent conditionnés à FAIRE pour AVOIR en espérant un jour ÊTRE. Si nous souhaitons vivre conscients, heureux et en santé, nous avons le courage d’être soi avec tout ce que cela implique comme apprentissages, de moments heureux et aussi douloureux. Dans cet élan spontané, créatif et amoureux, le faire devient une source de réalisations significatives qui contribuent à mon épanouissement et qui nourrissent le sens de ma vie. Avoir est alors une conséquence naturelle qui prend forme autant dans les petits et grands plaisirs et aussi dans ces moments paisibles où l’amour, la joie et la gratitude sont les artisans d’un bonheur profond qui ne peut être ni acheté ni consommé. Ce bonheur se multiplie lorsqu’il est partagé.

Consommer nous apporte un plaisir quasi instantané qui dépend de stimuli extérieurs. Le plaisir, aussi éphémère soit-il, contribue à notre équilibre lorsqu’il est enveloppé par notre présence et notre conscience. Nous sommes alors émerveillés et comblés par ces étincelles qui, à l’image d’un feu d’artifice, brillent dans notre quotidien. Nous ne sommes pas toujours insatisfaits, prisonniers du processus « encore plus, toujours plus ». Que ce soit un expresso, un chocolat, un mets délicat, une coupe de vin, des vêtements, des bijoux, des accessoires électroniques, des produits de beauté, une voiture ou un cinéma maison, tous ces plaisirs n’ont aucun sens lorsqu’ils sont choisis sans conscience. Ils ne peuvent remplacer la joie, cet état qui émerge du plus profond de notre être pour illuminer notre cœur et notre vie. Cette joie qui exprime, pleinement et librement, notre plus grande richesse, l’amour de soi, des autres et de la vie.

Imane Lahlou